CALLIMACHOS (actif entre 430 av. J.-C. et 400 av. J.-C.)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le sculpteur Callimachos (à Athènes entre ~ 430 et ~ 400), fut célèbre dans l'Antiquité pour la virtuosité de son style, dont la recherche un peu superficielle lui valut le surnom de Raffiné. Trois de ses œuvres sont connues par les textes anciens : une statue d'Héra assise que Pausanias (IX, ii, 7) a vue dans le temple construit à Platées après ~ 426 ; des reliefs représentant des danseuses (Pline l'Ancien, XXXIV, 92) ; la lampe en or allumée en permanence dans le temple d'Athéna Polias sur l'Acropole (partie est de l'Érechthéion) — lampe surmontée d'un palmier de bronze dont le tronc creux évacuait la fumée (Pausanias, I, xxvi, 6). D'autre part, Vitruve, dans son traité De architectura (IV, i, 9-10), lui attribue, sur la foi d'une anecdote d'un romantisme un peu suspect, l'invention du chapiteau corinthien : l'artiste en aurait eu l'idée en contemplant, sur la tombe d'une jeune fille de Corinthe, une corbeille oubliée, prise dans l'efflorescence d'une acanthe sauvage...

Des œuvres citées, seuls les reliefs aux danseuses ont pu être repérés avec certitude, parmi les sculptures — copies plus qu'originaux — qui ont survécu au naufrage de l'art antique : les reliefs en marbre du Pergamon Museum de Berlin, auxquels il convient de joindre quelques fragments analogues au musée d'Athènes, représentent chacun une danseuse coiffée d'un bonnet conique (calathiskos), et dont le mouvement très vif plaque sur le corps une mince et courte tunique (H. Schrader, Phidias, Francfort-sur-le-Main, 1924) — évocation des danses rituelles en l'honneur d'Apollon Carneios à Sparte. En se fondant sur ces reliefs, dont l'original devait être en bronze, on a souvent attribué à Callimachos un autre ensemble empreint de la même grâce frémissante : les reliefs aux Ménades dansantes, où W. Fuchs (Die Vorbilder der neuattischen Reliefs, Berlin, 1959) propose de voir la reproduction d'une base à appliques de bronze ornant un monument chorégique de la rue des Trépieds à Athènes, érigé peut-être à l'occasion de la création posthume des Bacchantes d'Euripide, en ~ 406. On a cru reconnaître aussi, non sans quelque vraisemblance (C. Picard, Manuel de sculpture grecque, t. II, Paris, 1939), le style de Callimachos dans le type de la pseudo-Venus Genetrix, dont la meilleure copie, arrivée de Naples au xvie siècle et installée un temps dans les jardins de Versailles, est aujourd'hui au Louvre : là aussi, la draperie « mouillée », qui révèle les formes en dépit de l'animation, souvent factice et toujours gracieuse, des plis nerveux qui la parcourent, atteste une grande virtuosité au service d'un tempérament plus sensible que vigoureux. Si la stèle funéraire d'Hégéso (Musée national, Athènes) est incontestablement dans la mouvance immédiate de cette œuvre, on hésitera à y rattacher aussi, comme le fait Schrader, le groupe des Niobides trouvé à Rome dans les Jardins de Salluste (musée des Thermes, Rome, et glyptothèque Ny Carlsberg, Copenhague). Douteuse également, l'attribution à Callimachos de la frise ionique intérieure du temple de Bassae-Phigalie (British Museum, Londres), fondée soit sur des rapprochements stylistiques (B. Schlörb, Untersuchungen zur Bildhauergeneration nach Phidias, 1964), soit sur l'existence dans ce temple du premier chapiteau corinthien conservé.

En dépit de toutes ces lacunes et incertitudes, il ne reste pas moins certain que Callimachos fut, avec Agoracritos, le représentant le plus marquant, dans la sculpture postphidiesque de la fin du ~ ve siècle, de ce qu'on pourrait appeler par analogie l'« art nouveau », par opposition au conservatisme d'Alcamène qui inaugure au même moment le courant archaïsant : après le point d'équilibre du Parthénon, l'art attique devait, à moins de se scléroser, pousser jusqu'au maniérisme la souveraineté formelle conquise avec Phidias. Cette tendance maniériste amorcée par Callimachos, et à laquelle fait écho, en céramique, le raffinement exquis du peintre de Meidias, trouvera son aboutissement dans les sculptures de la Thôlos de Delphes (musée de Delphes) et du temple d'Asclépios à Épidaure (Musée national, Athènes), avant d'être supplantée par l'esprit nouveau des grands maîtres du ~ ive siècle : Praxitèle, Scopas et Lysippe.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : ancien membre de l'École française d'Athènes, professeur émérite d'archéologie grecque à l'université de Paris-X-Nanterre

Classification

Autres références

«  CALLIMACHOS (actif entre 430 av. J.-C. et 400 av. J.-C.)  » est également traité dans :

ORDRES, architecture

  • Écrit par 
  • Bernard HOLTZMANN, 
  • Claude MIGNOT, 
  • Éliane VERGNOLLE
  •  • 13 408 mots
  •  • 23 médias

Dans le chapitre « L'ordre ionique et ses variantes : l'éolique et le corinthien »  : […] S'il est plus facile de définir l'ordre ionique négativement et par contraste avec l'ordre dorique que par lui-même, c'est qu'il est beaucoup moins précisément codifié que ce dernier – et aussi beaucoup moins bien connu : l'architecture ionique a connu des vicissitudes qui ont entravé son développement et gravement compromis la conservation de ses vestiges. En Asie Mineure, après un premier esso […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bernard HOLTZMANN, « CALLIMACHOS (actif entre 430 av. J.-C. et 400 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/callimachos/