BRÉSILLe Brésil contemporain

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
Nom officielRépublique fédérative du Brésil (BR)
Chef de l'État et du gouvernementJair Bolsonaro (depuis le 1er janvier 2019)
Note :
CapitaleBrasília
Langue officielleportugais

La transition démocratique

Une longue tradition parlementaire engendra au Brésil un tissu politique original. Esquissée au xixe siècle et confirmée depuis lors, la décentralisation fédéraliste active des réseaux de pouvoirs présents dans les vingt-sept États et les plus de cinq mille cinq cents municipes de la fédération. En raison du caractère obligatoire du vote, ainsi que de l'interdiction du cumul de mandats, le pays est régulièrement mobilisé par divers scrutins. Malgré la répression politique, durant la dictature militaire (1964-1985), les élections pour le Congrès, les assemblées des États, ainsi que pour la majorité des maires et des conseillers municipaux se sont poursuivies tant bien que mal. Il existe donc un jeu politique diffus – une forme structurelle de « politique politicienne » – qui génère une couche importante de politiciens professionnels et une dynamique propre aux enjeux électoraux. Dans ce contexte, l'élection présidentielle est souvent apparue comme une projection, à l'échelle nationale, des accords qui façonnaient les élections régionales. Tel fut le cas des scrutins présidentiels ayant eu lieu sous la República Velha (1891-1930). En dépit des mutations de la Seconde Guerre mondiale, avec l'accentuation de l'urbanisation, l'élection de Kubitschek, en 1955, relevait de ce même schéma. La situation fut différente lorsque les élections nationales, mettant en lice des personnalités charismatiques, donnèrent lieu à des mobilisations populistes échappant aux ententes interrégionales et aux accords entre les partis traditionnels, comme ce fut le cas lors des élections de Vargas en 1950 et de Quadros en 1960, du référendum organisé par Goulart en 1963 et de l'élection de Collor de Mello en 1989. Le scrutin national suscite alors une vague de fond électorale qui ébranle le Congrès, les partis, les alliances entre les gouverneurs et l'exécutif fédéral. Pour remédier à ces inconvénients, la Constitution de 1988 a apporté un correctif à l'élection présidentielle, en introduisant un second tour de scrutin. Il est certain que Luiz Inácio Lula da Silva, élu à la présidence au second tour, en 2002, bénéficia de la stabilité introduite par ce dispositif constitutionnel.

Vargas et le varguisme

Une politique économique tournée vers l'étatisation et appuyée par le syndicalisme officiel met Getulio Vargas, élu à la présidence en 1950, aux prises avec les intérêts liés au capital étranger et avec les libéraux. On pouvait en effet craindre que la mobilisation nationaliste n'engageât le pays dans un régime autoritaire semblable à celui que Vargas avait déjà instauré entre 1937 et 1945. En 1954, par un pronunciamiento, l'armée s'en prend à Vargas, à son parti travailliste et au ministre du Travail João Goulart, accusé de favoriser les communistes dans les syndicats. Acculé, Vargas se suicide en août 1954.

L'administration Kubitschek : l'édification de Brasília

Les élections de 1955 amenèrent Juscelino Kubitschek à la présidence et João Goulart – héritier politique de Vargas et leader des travaillistes – à la vice-présidence. Le gouvernement Kubitschek accélère l'industrialisation et la construction de routes. Des problèmes cruciaux, tels que l'inégale distribution de terres, étaient contournés : la croissance était censée porter remède aux distorsions sociales. Le fleuron de cette « modernisation conservatrice » fut la construction de Brasília. Transplantés dans un espace moderne, les centres de décision devaient retrouver une légitimité nouvelle née de l'efficacité administrative incarnée par un urbanisme novateur. En même temps, le pays connut des taux annuels de croissance de 10 % et, pour beaucoup de Brésiliens, Kubitschek reste le président qui a su assurer le développement tout en respectant la légalité constitutionnelle.

Brasília

Photographie : Brasília

Brasília, la nouvelle capitale fédérale du Brésil, inaugurée en 1960, a été réalisée par l'architecte brésilien Oscar Niemeyer. 

Crédits : Atlantide Phototravel/ Corbis/ Getty Images

Afficher

L'administration de Quadros et de Goulart : démission et crise

Élu à la présidence en 1960, Jânio Quadros apparaît comme un démagogue, mettant tour à tour les partis politiques au service d'une ambition forcenée. Signe du maintien de l'influence travailliste, João Goulart est réélu à la vice-présidence. En conflit avec le Congrès, Quadros quitte son poste en août 1961, dans l'espoir – comme il le reconnaîtra plus tard – de revenir à la présidence avec les pleins pouvoirs. Ayant échoué, la manœuvre putschiste entraîna sa démission effective, plongeant le pays dans une grave crise politique. Dès l'annonce de la démis [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

Médias de l’article

Brasília

Brasília
Crédits : Atlantide Phototravel/ Corbis/ Getty Images

photographie

Joao Goulart, 1961

Joao Goulart, 1961
Crédits : Hulton Getty

photographie

Fernando Collor de Mello

Fernando Collor de Mello
Crédits : Hulton Getty

photographie

Lula à Porto Alegre, 2010

Lula à Porto Alegre, 2010
Crédits :  Edu Andrade/ Latin Content/ Getty Images

photographie

Afficher les 5 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur d'histoire du Brésil, directeur du Centre d'études du Brésil et de l'Atlantique sud à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Autres références

«  BRÉSIL  » est également traité dans :

BRÉSIL - Géographie

  • Écrit par 
  • Martine DROULERS
  •  • 9 981 mots
  •  • 8 médias

Le Brésil se caractérise par une « géographie en mouvement », l'expansion agricole y est continue, la population extrêmement mobile, les réseaux urbains en évolution rapide et les quantités produites gigantesques à l'image de ce pays « en voie de développement » dans lequel les chantiers sociaux et économiques représentent un défi amplifié par la taille continentale du pays et le poids démographiq […] Lire la suite

BRÉSIL - La conquête de l'indépendance nationale

  • Écrit par 
  • Frédéric MAURO
  •  • 6 213 mots
  •  • 4 médias

L'indépendance politique acquise par le Brésil, au début du xixe siècle, influe sur sa vie économique. Le roi du Portugal, fuyant Napoléon, se réfugie à Rio en 1808 et ouvre aussitôt les ports brésiliens au commerce extérieur. Le pacte colonial est aboli : désormais, les navires et les produits étrangers entren […] Lire la suite

BRÉSIL - Économie

  • Écrit par 
  • Jacques BRASSEUL
  •  • 6 368 mots
  •  • 6 médias

Au Brésil, l'industrialisation et la croissance n'ont pas permis de corriger tous les déséquilibres, notamment de fortes inégalités, ni d'éliminer encore la misère. Mais il s'agit d'un pays-continent, multiethnique, où les écarts régionaux et sociaux sont inévitables. Un pays qui était, en 2013, la septième puissance économique mondiale selon le PIB en parité de pouvoir d’achat (devant la France), […] Lire la suite

BRÉSIL - La littérature

  • Écrit par 
  • Mario CARELLI, 
  • Ronny A. LAWTON, 
  • Michel RIAUDEL, 
  • Pierre RIVAS
  •  • 12 484 mots

La littérature brésilienne naît de sa matrice portugaise, et une des questions est de savoir si elle en constitue un rameau jusqu'à l'indépendance du pays en 1822, ou si elle prend son autonomie avec la « découverte » de celui-ci en 1500. Le problème de la périodisation est un enjeu décisif de son identité où s'affrontent lectures historico-sociologiques et critères stylistiques. Cette littérature […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Luiz Felipe de ALENCASTRO, « BRÉSIL - Le Brésil contemporain », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bresil-le-bresil-contemporain/