LULA DA SILVA LUIZ INÁCIO (1945- )

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Homme politique brésilien, président de la République de 2003 à 2010.

Né en 1945 de parents paysans et analphabètes, Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, doit, enfant, fuir avec sa famille la misère des campagnes de l'État de Pernambuco (région Nordeste) et rejoint les abords de São Paulo. À douze ans, il arrête l'école pour exercer divers petits métiers. Six ans plus tard, il est ouvrier tourneur ; profession qu'il exercera pendant une douzaine d'années, dont les dernières comme contremaître. Cette promotion sociale était déjà rare pour des personnes d'origine aussi modeste.

La suite est encore plus exceptionnelle. En 1969, sous l'influence notamment de son frère aîné, il entre dans le syndicalisme, y milite activement et, en 1975, obtient la présidence du syndicat des métallurgistes de São Paulo (environ 100 000 membres). S'il demeure quotidiennement au contact des ouvriers, il mène dès lors une autre vie.

Orateur fervent et habile organisateur, Lula souhaite que les syndicats s'éloignent des pratiques corporatistes et qu'ils s'émancipent de la tutelle partielle que l'État exerce sur eux. Le „nouveau syndicalisme“ qu'il prône se veut revendicatif, pragmatique et non coupé de la base. En 1979, et surtout en 1980, il est le leader des premières grandes grèves qu'affronte le régime militaire (ce qui lui vaut un mois de prison et, surtout, une rapide notoriété parmi les couches politisées du pays). Profitant alors du retour au multipartisme, il cofonde le Parti des Travailleurs (PT), une formation très différente, aujourd'hui encore, des autres partis brésiliens puisqu'elle n'est pas un parti d'élus pour des élus, mais a pour but d'„unifier les travailleurs“, de leur donner l'opportunité d'accéder, dans un parti de masse et de structure démocratique, à « un espace de participation politique ». En outre, le PT est alors animé par des courants et des groupuscules d'inspirations diverses, principalement le socialisme (de conception sociale-démocrate, marxiste-léniniste ou trotskiste), le catholicisme (modéré ou proche de la théologie de la libération), le tiers-mondisme et le pragmatisme syndical. Lula en est, dès sa fondation, élu président, puis président d'honneur à partir de 1987. Sa longévité à ce poste tient d'abord à ses qualités de fédérateur. Lula n'est pas un doctrinaire, mais son art de la négociation lui a permis de garantir l'unité de ce parti, passé en vingt ans de la gauche radicale à une social-démocratie modérée.

En 1982, Lula brigue le fauteuil de gouverneur de l'État de São Paulo et réalise, pour sa première campagne électorale, un score nettement supérieur (10,8 %) à celui que lui prédisaient les experts. Quatre ans plus tard, considérant qu'il serait encore battu à l'élection de gouverneur, il brigue un siège de député fédéral, succès plus à sa portée. Il est en effet élu brillamment et participe à l'Assemblée nationale constituante. Quelque peu noyé dans cette arène (son parti n'y détient que 3,3 % des sièges), devant y côtoyer nombre d'élus corrompus, il n'en goûte guère les jeux subtils et ne briguera plus jamais de mandat parlementaire. En 1989, toujours sans diplôme ou presque, il se présente à la présidence de la République. Il y sera candidat à quatre reprises, obtenant chaque fois plus de voix au premier tour : 17,2 % en 1989, 27 % en 1994, 31,7 % en 1998 et 46,4 % en 2002. Son élection à la tête du Brésil en octobre 2002 (avec 61,3 % des suffrages exprimés), due principalement à des alliances électorales plus larges que par le passé, à un programme économique beaucoup plus modéré (engagement de payer la dette et ses intérêts, respect des exigences budgétaires fixées par le FMI) et à une excellente campagne, ne se limite donc pas à une simple alternance politique. Car, sur le plan des représentations, c'est avant tout la victoire d'un Brésilien d'origine modeste, d'un migrant, d'un ex-ouvrier doté d'un simple certificat d'études ; dans ce Brésil champion du monde de l'inégalité de la répartition des richesses, cela tend soudainement, aux yeux de dizaines de millions de petites gens et même des couches moyennes, à rendre l'institution présidentielle moins distante et contribue à leur donner un sentiment diffus de plus grande dignité dans l'espace public.

Lula durcit la politique de rigueur financière adoptée par le gouvernement Cardoso. Si, dans l'espoir de réduire les inégalités sociales, son plan d'allocation d'aides alimentaires, baptisé « faim zéro » [...]

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Stéphane MONCLAIRE, « LULA DA SILVA LUIZ INÁCIO (1945- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/luiz-inacio-lula-da-silva/