BOREL PIERRE-JOSEPH D'HAUTERIVE dit PÉTRUS (1809-1859)

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Chef de file de ceux que l'on désigne communément du nom de « petits romantiques français », boudé par le succès de son vivant, Pétrus Borel s'impose aujourd'hui comme l'un des écrivains les plus originaux du romantisme.

Il est le douzième des quatorze enfants d'une famille d'émigrés pauvres, réfugiée en Suisse après que le père eut combattu à Lyon, dans les rangs royalistes, les armées de la Convention. À quinze ans, Pierre Borel entre chez Garnaud pour y apprendre le métier d'architecte, puis chez Bourlat, et s'installe en 1829 à son propre compte ; mais son aversion pour la mode architecturale de l'époque, son amour pour le Moyen Âge, pour le mouvement et la couleur effarouchent la clientèle ; aussi s'abandonne-t-il de plus en plus à sa passion du dessin, qu'il étudie dans l'atelier d'Eugène Devéria, et des lettres. Période difficile, où il dort dans les caves des maisons qu'il construit et mange rarement à sa faim, mais qu'illuminent l'amour de l'art et l'immense désir d'imposer un talent qui s'épanouit dans l'atmosphère d'amitié et d'émulation du Petit Cénacle dont Pétrus Borel fut, sinon le chef, du moins l'âme. Ses relations amicales avec Victor Hugo le désignent tout naturellement comme l'un des grands organisateurs de la défense, au moment de la bataille d'Hernani.

Sa première publication, Rhapsodies (1832), est un recueil de poèmes précédé d'une préface aux déclarations fracassantes, dans laquelle il professe un républicanisme fait plus de mépris et de dégoût pour la société que d'idéal démocratique à proprement parler, républicanisme négatif, défi d'un misanthrope, d'un « lycanthrope » (homme-loup) pour reprendre l'expression par laquelle il se rendit célèbre. Ses vers sont dédiés aux amis du Petit Cénacle — Jehan du Seigneur, Napoléon Thom, Gérard de Nerval, Vigneron, Bouchardy, Théophile Gautier, Alphonse Brot, Augustus Mac-Keat, Vabre, Léon Clopet, Philotée O'Neddy. Nous sommes ici en présence d'une des plus belles réussites de la mode « frénétique » de ces années 1830, qui représente pour le cas présent beaucoup plus qu'un simple jeu littéraire ; la littérature n'étant pas dissociée de la vie, la naïveté et la passion traduisent la volonté d'ascèse au profit de la poésie. Amour de la liberté, nostalgie du Moyen Âge, force puisée dans l'amitié, mais surtout fièvre d'absolu, appels ardents à la future compagne, moments de découragement devant la misère, la solitude, la pauvreté ; lyrisme personnel qui s'exprime moins par le chant que par le cri, en des vers violents, heurtés, au baroque étrange et, en tout cas, admirablement forgés... La critique ignore le recueil que les amis applaudissent ; mais Béranger écrit une lettre de félicitations et d'encouragements à l'auteur.

L'année suivante, c'est un volume de nouvelles, Champavert (1833), le chef-d'œuvre de Borel, marquant un ton au-dessus dans la violence. Une mise en scène soigneusement élaborée est au service d'un satanisme byronien, qui s'exprime en des formules saisissantes, traduisant sa haine de la société et sa défiance de l'amour : « Dans Paris, il y a deux cavernes, l'une de voleurs, l'autre de meurtriers ; celle des voleurs, c'est la Bourse, celle des meurtriers, c'est le Palais de justice. [...] Pour moi, l'amour, c'est de la haine, des cris, de la honte, du deuil, du fer, des larmes, du sang, des cadavres, des ossements, du remords. » Les épigraphes en tête des chapitres, rédigées en langues et idiomes étrangers, accentuent le médiévalisme et l'exotisme de ces récits qui semblent tous d'un autre âge, même lorsqu'ils se déroulent à une époque contemporaine de celle de l'auteur. Il s'en dégage une surréalité étrange qui joue sur le contraste baroque du raffinement de civilisations différentes et de la sauvagerie éternelle des passions. L'une des nouvelles du recueil, « Dina, la belle juive », non seulement par sa dénonciation de l'antisémitisme, mais par son exaltation des valeurs religieuses et spirituelles du judaïsme, constitue, pour l'époque, une singularité bien notable.

Pétrus Borel écrit, en 1833, un pamphlet, L'Obélisque de Louqsor, publie une traduction de Robinson Crusoé, fonde des revues littéraires dont les plus intéressantes sont La Revue pit [...]

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France CANH-GRUYER, « BOREL PIERRE-JOSEPH D'HAUTERIVE dit PÉTRUS - (1809-1859) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/borel-pierre-joseph-d-hauterive-dit-petrus/