NEMOURS AURÉLIE (1910-2005)

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Lors de l'importante rétrospective que le Centre Georges-Pompidou consacra, en 2004, à l'artiste Aurélie Nemours, quelques mois avant sa disparition, fut célébrée unanimement la radicalité d'une œuvre conciliant au plus haut point le pouvoir de la vision et celui de la révélation. Plus d'un demi-siècle après sa première exposition personnelle, en 1953, à la galerie Colette Allendy à Paris, se faisait entendre et reconnaître cet « appel discret de la mesure » qu'évoquait alors le critique Michel Seuphor, l'associant à « une pureté presque cruelle ».

L'art d'Aurélie Nemours fut cependant le résultat d'un long cheminement. La réduction de son langage pictural à l'essentiel de quelques formes issues de la géométrie fut conduite à la manière d'une expérience spirituelle, toute d'exigence. Bien qu'ayant affirmé dans ses engagements les valeurs fondamentales de l'art construit, Aurélie Nemours œuvra dans une relative solitude ; elle en fit un acte de résistance envers tout ce qui pourrait être une forme d'expression sécurisante. En dépit de cette distance, elle reçut en 1994 le grand prix national de peinture, créa quatre ans plus tard des vitraux pour l'abbaye de Salagon, dans les Alpes de Haute-Provence, puis répondit à la commande, par la ville de Rennes, d'Alignements pour le XXe siècle (« soixante-douze colonnes de granit bleuté, hautes de 4,50 mètres et placées à intervalles réguliers »), qui ne seront inaugurés qu'après sa mort.

Née Marcelle Baron à Paris, en 1910, Aurélie Nemours connaît tôt la discipline d'un pensionnat dirigé par des religieuses. La pratique du silence et de la méditation marque sa sensibilité. Des études d'histoire de l'art, puis des années d'apprentissage dans les ateliers de Paul Colin, André Lhote et Fernand Léger marquent les étapes de sa réflexion. En 1936, elle se marie avec Seymour Nemours-Auguste, chercheur éminent dans le domaine de la radiologie française. Elle expose en 1949, au Salon des réalités nouvelles, au côté d'Auguste Herbin. Ayant consacré une partie de son temps à la poésie en vers libres, elle publie l'année suivante Midi la lune.

Alors que ses premières compositions privilégiaient diagonale et couleurs sourdes, une série de pastels, Les Demeures, commencée en 1953, fait apparaître de rares figures géométriques en noir et blanc, par un recours exclusif à l'angle droit. Les peintures qui suivent se réfèrent au damier, utilisant la couleur dans des ponctuations pleines d'énergie. En 1957, Aurélie Nemours participe à l'exposition collective 50 ans de peinture abstraite organisée par Seuphor, confirmant son engagement en faveur de l'art construit.

À partir de 1965, le carré devient le format privilégié de ses toiles. Ses compositions cherchent des équilibres formels, des tensions chromatiques amenant à la liberté d'un jeu conçu comme une impulsion vitale. Avec Le Rythme du millimètre, pensé dans une logique sérielle, l'artiste accorde au rythme pictural une valeur quasi cosmologique. L'utilisation répétée d'un même signe selon diverses cadences et grandeurs manifeste simultanément la clarté d'une représentation minimaliste et l'intensité d'un équilibre obtenu par l'intuition. Si le noir et le blanc ont prévalu dans cette quête, entreprise en 1976, le retour à la couleur libère des champs monochromes, agencés par groupe de quatre ou en longs alignements. En dépit de leur radicalisme, ces « peintures absolues » livrent une intériorité exemplaire, issue de la vie méditative.

Les derniers travaux en appellent au hasard. Souvent réparties à la périphérie de la toile, parfois réduites à des tirets, les formes y témoignent d'une attirance pour le vide, d'un penchant pour une couleur discrète, le gris, qui paraît s'estomper.

Chez Aurélie Nemours, la tension existentielle d'un point, d'une ligne, d'une croix, le travail sur les valeurs de la couleur désignent l'énigme de l'incarnation du vide. « Il faut choisir le mystère », écrivait-elle, suggérant que la surface du tableau peut se faire l'écho d'une autre dimension. Son itinéraire, poursuivi dans la voie tracée par Mondrian, se conclut en une philosophie de l'espace, capable de nous faire pressentir qu'il existe un contact intime entre le plan fini de la toile et la poétique de l'infini.

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Anne TRONCHE, « NEMOURS AURÉLIE - (1910-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/aurelie-nemours/