SHAW ARTIE (1910-2004)

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Mêlant sans complexe aucun ni souci de cohérence romances doucereuses et musique savante, danses populaires et expériences jazziques avancées, Artie Shaw, célèbre comme clarinettiste, réussit à séduire un très vaste public américain, moins attaché que les amateurs européens à la séparation stricte des genres. Son franc-parler lui vaudra de nombreuses invitations dans les shows télévisés ; son charme irrésistible fera des ravages : huit mariages, huit divorces ! Ce personnage haut en couleur s'est illustré à la tête de formations orchestrales autant que sur les écrans et dans les librairies.

Arthur Jacob Arshawsky naît à New York le 23 mai 1910 dans une famille fraîchement immigrée d'Europe centrale. Il grandit à New Haven (Connecticut) et commence son éducation musicale avec des musiciens locaux. En 1925, il entre comme saxophone alto dans l'orchestre de danse de Johnny Cavallaro. C'est au cours de l'une de ses tournées qu'il choisit en 1926 la clarinette comme instrument principal et opte pour un nom de scène raccourci : Artie Shaw. Sa réputation d'arrangeur et de directeur musical s'affirme. Il rejoint le big band d'Irving Aaronson, avec lequel il arrive à New York en 1929. Willie « The Lion » Smith exerce une profonde influence sur ses conceptions musicales, qui s'enrichissent de la découverte des harmonies de Debussy et des rythmes de Stravinski.

Actif musicien de studio, il joue pour la radio au sein de divers ensembles, dont celui de Paul Whiteman. Il abandonne pourtant la musique et se retire dans une ferme pour se consacrer à la littérature (1934-1935). Il reparaît sur scène en 1936 avec un petit groupe, noyau d'un orchestre de danse aux effectifs élargis qui se produira sans grand succès jusqu'en mars 1937. Un mois plus tard, il rebondit avec un groupe instrumental, obtenant sa première grande réussite en enregistrant une mélodie de Cole Porter, Begin the Beguine (1938). La formation atteint son apogée avec des batteurs comme Buddy Rich ou la chanteuse Billie Holiday (mars-novembre 1938). Artie Shaw se pose en rival de Benny Goodman. Il abandonne alors l'orchestre, dédaigne un engagement rémunérateur à l'Old Gold Radio Show et part s'installer à Mexico. Il revient sous les projecteurs de l'actualité à la tête d'un orchestre de studio augmenté d'une importante section de cordes et enregistre son deuxième grand succès, Frenesi (1940). Dans la foulée, il crée une petite formation dénommée Gramercy Five, qui présente l'originalité d'accueillir le clavecin de Johnny Guarnieri. Il enregistre avec elle l'une de ses compositions les plus célèbres, Summit Ridge Drive (1940).

En 1942, il s'engage dans l'U.S. Navy et poursuit, sur un dragueur de mines dans le Pacifique, son métier de musicien. Rendu à la vie civile, il fonde en 1944 celle de ses formations qui puise le plus profondément aux sources du jazz. On y rencontre en effet Roy Eldridge, Herbie Stewart, Dodo Marmarosa et Barney Kessel. Sa version de Little Jazz reste un classique (1945). Il conduit ensuite divers groupes de qualité variable et reconstitue une forme modernisée du Gramercy Five (1953-1954). À la fin des années 1960, il se reconvertit en producteur de films et de pièces de théâtre. Retiré à Lakeville (Connecticut), il ne se mêle plus guère au monde musical. On peut l'entendre encore cependant au Half Note de New York avec un ensemble de dix-huit musiciens (1985) et à Londres, où il dirige, en 1992, son Concerto pour clarinette, composé en 1940. Il laisse une autobiographie, The Trouble with Cinderella : an Outline of Identity (1952), un recueil de nouvelles, I Love You, I Hate You, Drop Dead ! (1965), ainsi qu'une méthode de clarinette, Clarinet Method : a School of Modern Clarinet Technic (1941). Artie Shaw meurt le 30 décembre 2004 à Los Angeles.

Quelques succès planétaires et une liste de conquêtes digne de Don Juan – les actrices Lana Turner, Ava Gardner, Evelyne Keyes, l'écrivain Kathleen Winsor et Elisabeth Kern, sœur de Jerome Kern – ont offert à Artie Shaw une place enviable dans l'univers des médias. Destinée à plaire à un public blanc peu exigeant, sa musique vaut mieux, pourtant, que l'attention condescendante qui lui est accordée. Le clarinettiste développe une remarquable technique et, s'il ne dispose pas d'un swing très affirmé, sait se montrer lyrique et imaginatif. Il adapte avec intelligence le style swing dominant à l'évolution récente du jazz, avec une assise rythmique solide, des chorus mélodiques détendus et attrayants et des ensembles orchestraux à la mise en place impeccable. Il obtient de la section des saxophones un étonnant vibrato à l'unisson. Avec un subtil parfum debussyste, il préfigure souvent les sortilèges du style cool.

Enfin, le play-boy excentrique et fringant ne doit pas faire oublier l'homme de conviction, qui combattra toujours fermement la ségrégation raciale qui régnait au sein des grands orchestres.

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HOLIDAY BILLIE (1915-1959)

  • Écrit par 
  • Pierre BRETON
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Pour citer l’article

Pierre BRETON, « SHAW ARTIE - (1910-2004) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/artie-shaw/