ANTIGONE, SophocleFiche de lecture

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L'individu contre la cité

Sophocle situe le point de départ de sa pièce au moment où Antigone informe sa sœur Ismène du décret promulgué par leur oncle, le tyran Créon : il a interdit d'enterrer leur frère Polynice alors qu'il s'apprête à célébrer dignement les funérailles de leur autre frère, Étéocle. Tous deux se sont entre-tués au cours d'une guerre civile où Étéocle défendait Thèbes, alors que Polynice l'attaquait. « Le bon et le méchant ne sont pas égaux en matière de droits », affirme Créon qui refuse au traître le droit à l'ensevelissement au nom de la raison d'État. À quoi Antigone lui réplique : « Je ne pense pas que tes décrets soient assez forts / pour que toi, mortel, tu puisses passer outre / aux lois non écrites et immuables des dieux. » Dès les premiers vers de la pièce, Antigone exprime sa détermination inflexible et le caractère inéluctable du châtiment : « Moi, je vais l'enterrer. Il me paraît beau de mourir en faisant cela. » Sophocle affirme ainsi la nature tragique de la pièce, fondée sur un conflit entre des positions d'ordre éthique qui, parce qu'elles sont irréductibles, ne peuvent se résoudre que dans la mort.

De fait, rien ne peut sauver Antigone. Le devin Tirésias convainc Créon de revenir sur sa condamnation, mais il est trop tard. L'inattendu vient des autres morts : celle d'Hémon, le fiancé d'Antigone, qui se suicide sur le cadavre de la jeune fille, celle de sa mère, Eurydice, femme de Créon, qui ne peut supporter la mort de son fils. Créon, lui, reste en vie, mais il est vaincu : « Dans le monde, de tous les malheurs attachés à l'homme, la bêtise est le plus grand », conclut le messager.

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Pour citer l’article

Aliette ARMEL, « ANTIGONE, Sophocle - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/antigone-sophocle/