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ANTIGONE, Sophocle Fiche de lecture

Rares sont les œuvres, créées dans la Grèce classique, qui aient connu une postérité semblable à celle d'Antigone et un foisonnement aussi vigoureux d'adaptations que celui suscité par la pièce la plus célèbre de Sophocle : Hölderlin la traduit en 1804, Anouilh en propose une version audacieuse et moderne en 1946, Brecht l'adapte en 1947, en s'appuyant sur le texte de Hölderlin. Jean-Marie Straub et Danièle Huillet en donnent une version pour le cinéma en 1991. Rares également sont les personnages nés au théâtre qui, sans aucun antécédent historique ou légendaire, aient pris semblable dimension universelle.

Sophocle - Athènes

Sophocle - Athènes

L'auteur d'Antigone, Sophocle, a cinquante-trois ans lorsque la pièce est jouée, en 442 avant J.-C., et remporte les concours dramatiques. La démocratie se met alors en place dans la cité athénienne. L'imbrication est telle entre l'art dramatique et la vie politique que, selon certains, cette victoire théâtrale permet à Sophocle d'être nommé stratège, et de jouer un rôle important dans le gouvernement d'Athènes.

L'individu contre la cité

Sophocle situe le point de départ de sa pièce au moment où Antigone informe sa sœur Ismène du décret promulgué par leur oncle, le tyran Créon : il a interdit d'enterrer leur frère Polynice alors qu'il s'apprête à célébrer dignement les funérailles de leur autre frère, Étéocle. Tous deux se sont entre-tués au cours d'une guerre civile où Étéocle défendait Thèbes, alors que Polynice l'attaquait. « Le bon et le méchant ne sont pas égaux en matière de droits », affirme Créon qui refuse au traître le droit à l'ensevelissement au nom de la raison d'État. À quoi Antigone lui réplique : « Je ne pense pas que tes décrets soient assez forts / pour que toi, mortel, tu puisses passer outre / aux lois non écrites et immuables des dieux. » Dès les premiers vers de la pièce, Antigone exprime sa détermination inflexible et le caractère inéluctable du châtiment : « Moi, je vais l'enterrer. Il me paraît beau de mourir en faisant cela. » Sophocle affirme ainsi la nature tragique de la pièce, fondée sur un conflit entre des positions d'ordre éthique qui, parce qu'elles sont irréductibles, ne peuvent se résoudre que dans la mort.

De fait, rien ne peut sauver Antigone. Le devin Tirésias convainc Créon de revenir sur sa condamnation, mais il est trop tard. L'inattendu vient des autres morts : celle d'Hémon, le fiancé d'Antigone, qui se suicide sur le cadavre de la jeune fille, celle de sa mère, Eurydice, femme de Créon, qui ne peut supporter la mort de son fils. Créon, lui, reste en vie, mais il est vaincu : « Dans le monde, de tous les malheurs attachés à l'homme, la bêtise est le plus grand », conclut le messager.

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Sophocle - Athènes

Sophocle - Athènes

Autres références

  • ANTIGONE

    • Écrit par Robert DAVREU
    • 672 mots

    Issue de l'union maudite, parce qu'incestueuse, d'Œdipe et de Jocaste, elle porte bien son nom (du grec Antigonê), celle que sa piété familiale condamnera à une mort atroce sans époux ni descendance, au terme d'une courte vie toute de malheur, d'errance et de déréliction. Être...

  • GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - L'homme grec

    • Écrit par André-Jean FESTUGIÈRE
    • 8 602 mots
    Le débat de l'Antigone de Sophocle est un débat éternel. À qui devons-nous obéir, aux lois établies par la cité, ou à ces lois « non écrites », mais gravées au fond de la conscience et dont nous sentons bien que nous ne sommes plus rien si nous acceptons de les trahir ? Il n'est pas nécessaire...
  • JUSTICE (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 431 mots
    ...Montesquieu, la justice semble pouvoir prendre appui sur des fondements qui ne dépendent pas uniquement de l’organisation particulière des sociétés. De l’Antigone de Sophocle (495-406 av. J.-C.), qui choisit de s’exposer à la mort plutôt que de respecter une loi lui paraissant inique et qui lui interdirait...
  • PHILOSOPHIE (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 414 mots
    – elle est et a toujours été inquiète, ce en quoi elle reste grecque, comme l’a si élégamment exprimé Sophocle dans le premier chœur de son Antigone, « Multiple est l’inquiétant, mais rien n’est plus inquiétant que l’homme qui se soulève en s’élevant » ;

Voir aussi