STEINBERG SAUL (1914-1999)

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Figure célèbre et singulière de la culture graphique américaine, Steinberg a exercé une influence déterminante sur les créations de la seconde moitié du xxe siècle. Émigré aux États-Unis pour fuir l'antisémitisme européen lors de la Seconde Guerre mondiale, l'artiste a tendu aux Américains un miroir insolite d'eux-mêmes pendant près de soixante ans. Sa popularité est liée à celle du New Yorker, le magazine le plus emblématique du monde culturel outre-Atlantique auquel il a donné plus de 600 dessins et 85 couvertures. Son originalité graphique a révolutionné l'univers du dessin humoristique et particulièrement la tradition française du bon mot illustré. Son art du gag visuel, jouant de la ligne et du trait avec une fausse simplicité déconcertante, proche du dessin enfantin, explore les styles, les symboles du quotidien qui donnent corps aux individus. Les signes du langage, les comportements, les urbanismes ou les paysages sont autant d'occasions de calembours visuels, de jeux énigmatiques. À l'évidence, la conception de l'illustration de Steinberg s'est forgée dans le creuset européen de l'entre-deux-guerres. L'artiste réfute l'art des musées au profit d'une inspiration nourrie des avant-gardes futuriste et constructiviste mais également de la culture populaire orchestrée par les médias. Au fil des années, ses dessins n'auront cessé de déconcerter. À la surprise amusée succède une interrogation insistante sur les masques portés par les enfants de l'oncle Sam.

Une jeunesse dans l'effervescence des avant-gardes européennes

Saul Steinberg naît le 15 juin 1914 dans la petite ville de Ramnicul-Sarat située au sud-est de la Roumanie. Quelques mois après sa naissance, sa famille s'établit à Bucarest. Son père est imprimeur-relieur et fabricant de boîtes de carton. Ses oncles sont peintres d'enseignes, libraires-papetiers et horlogers. Ces multiples activités qui entourent l'enfance de Steinberg lui donnent un goût précoce des signes, non sans lien avec son étonnant maniement des caractères typographiques, images populaires, albums de photos de famille et objets kitsch qui caractériseront plus tard nombre de ses dessins. À Milan, à la même époque, triomphe le futurisme de Marinetti qui élabore une nouvelle conception de l'usage des mots et de l'alphabet dans la fabrication des images.

En 1932, Steinberg étudie la philosophie et les lettres à l'université de Bucarest. Intéressé par la démarche constructiviste de Le Corbusier, il choisit de se diriger vers l'architecture en entrant à l'École polytechnique de Milan. De cette période date son amitié avec l'écrivain et architecte Aldo Buzzi, une relation entretenue par une correspondance que seule la mort interrompra. Dans l'Italie fasciste, la presse humoristique offre encore un lieu d'échappée imaginaire subversive et Steinberg publie ses premiers dessins d'humour dans l'hebdomadaire milanais Bertoldo, en octobre 1936. Cependant, dès 1938, les lois antijuives assombrissent ses perspectives d'avenir. Grâce à Cesar Civita, son agent italien à New York et Buenos Aires, le public américain découvre Steinberg dans Harper's Bazaar et Life en 1939. Son diplôme d'architecture obtenu en 1940 mentionne sa judéité, ce qui lui interdit pratiquement tout exercice de la profession en Italie. Contraint à l'exil, il décide d'émigrer aux États-Unis.

Steinberg obtient un visa pour la république Dominicaine qu'il rejoint en juillet 1941. Après une dernière parution dans le Bertoldo et d'autres en Argentine dans La Nación et Cascabel paraît son premier dessin dans le New Yorker (25 octobre 1941). L'attaque de Pearl Harbour fait également l'objet de quelques dessins satiriques sur les forces de l'Axe, qui sont publiés dans l'hebdomadaire américain PM. Steinberg obtient un visa américain en 1942 grâce à son contrat avec le New Yorker et rejoint Miami, à ses yeux « capitale Art déco » du pays – une expérience dont il dira plus tard qu'elle fut son « Bauhaus ». De là, il gagne New York où il est admis au service militaire et employé à l'office d'information de guerre avant d'être affecté dans la marine. Citoyen américain en février 1943, il croise alors vers la Nouvelle-Zélande, l'Australie, Ceylan puis la Chine. Il passe ensuite à l'office de propagande en Afrique du Nord, où ses voyages alimentent de nombreux dessins diffusés par le New Yorker dès janvier 1944. Le goût des voyages ne le quittera plus.

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Pour citer l’article

Nelly FEUERHAHN, « STEINBERG SAUL - (1914-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/saul-steinberg/