Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

ADJAR

L'une des nombreuses ethnies constituant la nation géorgienne. Les Adjar ou « Adjareli » habitent dans la république autonome d'Adjarie située dans le sud-est de la Géorgie et faisant partie de cette dernière. Recensés jusqu'en 1926 (ils étaient alors 71 390), ils sont désormais considérés comme Géorgiens. La république autonome d'Adjarie comptait 376 000 habitants au recensement de 2002, les Géorgiens — Adjar y compris — représentant 93,4 p. 100 de la population totale, les Russes 2,4 p. 100 et les Arméniens 2,3 p. 100, les Slaves et les Arméniens étant concentrés dans les centres urbains. La capitale, Batoum (121 800 hab. en 2002), est un port important, débouché du pétrole de Bakou. Centre industriel, la ville est traditionnellement un lieu de villégiature recherché. Très riche sur le plan agricole (thé, agrumes, vignes, élevage en montagne), le pays est encore essentiellement rural. La langue adjar, très proche du géorgien, fait partie du groupe kartveli des langues caucasiennes s'apparentant au gourien (dialectes géorgien, svan, mingrélien et laze).

Dans la plus haute Antiquité, l'Adjarie actuelle était habitée par un peuple très mal connu, les « Kolkh », qui occupait toute la Colchide, de la côte orientale de la mer Noire à Trébizonde. L'ethnie adjar est le résultat du mélange des Kolkh avec les représentants des différentes colonisations qui se succédèrent : Grecs, Romains, peuples mingrélo-lazes (kartveli) au iie siècle, Géorgiens au viie siècle. Cette dernière colonisation a été la plus importante. Elle marqua très profondément le type ethnique adjar, attirant les Adjar dans la sphère culturelle géorgienne par la langue et la religion (christianisme orthodoxe). Au cours des siècles suivants, l'Adjarie partagea le destin mouvementé de la Géorgie. Aux xvie et xviie siècles, le pays passe sous la domination turque (au xviie siècle, la Géorgie est occupée par les Turcs, mais leur domination sera de courte durée ; en 1627, il est définitivement occupé). La conquête coupe l'Adjarie du reste de la Géorgie (ce n'est qu'en 1877-1878 que la Russie rattache l'Adjarie au reste de la Géorgie qu'elle occupe depuis le début du siècle). Une turcisation assez lente mais profonde marqua de son empreinte un peuple jusqu'alors chrétien. L'islam, adopté par la majorité de la population, permit à cette dernière de faire siens de nombreux traits du genre de vie turc, la langue des nouveaux maîtres (du moins la population mâle qui en avait besoin dans ses relations sociales et dans la vie économique) et aussi le costume (en particulier dans les villes et les gros bourgs). Un certain nombre d'Adjar furent réfractaires à la turcisation et à l'islamisation ; jusqu'aux années 1820, des milliers d'entre eux passèrent du côté russe, revenant à l'orthodoxie. Pourtant, ils gardèrent leur langue, leurs croyances préchrétiennes, leurs traditions.

L'exogamie était très stricte dans le cadre du clan et même dans le cadre d'un même village, la polygamie peu développée. Comme dans beaucoup de régions géorgiennes, la grande famille formait une union de plusieurs frères (trois ou quatre générations). On assista vers la fin du xixe siècle à la division des grandes communautés familiales soit pour former des familles de type nucléaire, soit pour se réduire à quelques familles étendues de dimensions plus réduites. Cette division des familles se doubla d'une distribution des outils de production ; certains de ces outils, indivisibles (moulins, distillateurs, etc.), continuèrent d'appartenir à l'unité formée auparavant par la communauté familiale initiale.

Musulmans sunnites, les Adjar n'échappent pas au mouvement qui englobe depuis plus d'un demi-siècle toute la nation géorgienne. Tout en gardant[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • COMMUNISME - Mouvement communiste et question nationale

    • Écrit par Roland LOMME
    • 21 116 mots
    • 6 médias
    ...Caucase : la région autonome d' Abkhazie n'était composée que pour 27 p. 100 de populations abkhazes et une région autonome fut attribuée aux Adjars, qui ne constituent nullement une nation ni même une nationalité et sont seulement des Géorgiens musulmans, d'ailleurs recensés en tant que Géorgiens...

Voir aussi