HUANGPU ACADÉMIE MILITAIRE DE

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C'est en mai 1924 que le Guomindang de Sun Yat-sen et l'embryonnaire Parti communiste chinois conviennent d'établir près de Canton, sur une île de la rivière des Perles, et avec le concours de l'Union soviétique, la future école des cadres politiques et militaires de la Chine contemporaine, la fameuse Académie militaire de Huangpu (Whampoa).

Dès 1923, la majorité des leaders du Parti communiste et du Guomindang est convaincue que deux maux majeurs et manifestes entraînent inexorablement la jeune République chinoise vers un naufrage économique et une désagrégation sociale et politique. Le premier de ces maux est extérieur : c'est l'impérialisme étranger, principalement européen et japonais. Le second est interne : c'est le « war-lordisme », un féodalisme militariste entretenu par les « seigneurs de la guerre ». Le Parti communiste ne compte que quelques centaines de militants, en majorité issus de l'intelligentsia, et cherche à propager son idéologie. Quant au Guomindang, pourvu de principes limités et confus hérités de Sun Yat-sen, il a le vent en poupe, mais ne dispose d'aucune force réelle. Pour s'imposer, il doit épisodiquement se servir — avec d'obligatoires concessions — des armées privées des seigneurs de la guerre, puissants satrapes provinciaux aux intérêts égoïstes et aux ambitions démesurées. Sur la lancée du Mouvement du 4 mai 1919, Guomindang et Parti communiste décident alors de fusionner pour mettre un terme à la domination des seigneurs de la guerre et servir ensemble la cause de l'unification et de l'indépendance nationale.

Isolé sur la scène internationale, Sun Yat-sen s'est tout naturellement tourné vers l'Union soviétique, seule puissance qui paraît dénuée de convoitise envers la Chine, pour y chercher un appui. Lénine et la révolution d'Octobre jouissent, en effet, d'un grand prestige parmi l'intelligentsia chinoise et les premières manifestations officielles de Moscou, se réclamant du socialisme et de l'internationalisme, sont bienveillantes envers la jeune République. En outre, dès 1923, Moscou, par l'entremise du Komintern — et en particulier de Sneevliet (Maring) et de Grouzenberg (Borodine) — a déjà aidé Sun Yat-sen à organiser son parti sur le modèle bolchevique, tandis que Tchiang Kai-chek, revenu impressionné d'une mission militaire à Moscou, a encouragé Sun Yat-sen à créer une armée nationale sur le modèle soviétique. Très rapidement, par l'intermédiaire des communistes chinois qui pratiquent l'« entrisme » au sein du Guomindang, Moscou offre à ce dernier des fonds, des armes et des conseillers militaires transitant par Vladivostok et destinés à l'établissement de l'Académie militaire de Whampoa.

Celle-ci doit être le creuset d'une armée nationale et nationaliste. Les jeunes officiers diplômés en deviendront les cadres militaires, mais seront aussi investis d'une mission politique : constituer l'ossature de la révolution future. C'est la conception même d'une armée de parti créée pour opérer tous les bouleversements nécessaires à l'accomplissement de la révolution.

Dès son ouverture, l'Académie militaire compte environ 3 000 cadets recrutés parmi d'anciens étudiants nationalistes du 4-mai, parfois enrôlés dans les armées privées de seigneurs de la guerre, tels Wu Peifu ou Feng Yuxiang, et apparemment teintés de nationalisme progressiste. Elle est dirigée par Tchiang Kai-chek, qui se voit adjoindre une quarantaine de conseillers russes (général Blücher alias Galen, Kissanko, Borodine) chargés de former la nouvelle armée chinoise sur le modèle soviétique.

D'importantes innovations y sont introduites : une autorité de commandement est imposée aux officiers formés sous l'ancien régime ; les commandants militaires s'y voient soumis aux représentants du parti, les commissaires politiques (Liao Zhongkai est alors, avec Zhou Enlai, chef du département politique), qui assurent des cours de formation idéologique et inculquent le zèle combatif et la conscience politique ; le brassage des recrues évite la création de clans régionalistes, le chinois « mandarin » devient la langue nationale et rend caducs les dialectes sudistes ; enfin s'établit une organisation politico-militaire articulée autour d'un système de cellules, de branches et de comités dans lesquels les « trois principes du peuple » et le marxisme vont s'affronter inévitablement.

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Pour citer l’article

Michel HOANG, « HUANGPU ACADÉMIE MILITAIRE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/academie-militaire-de-huangpu/