2. La contre-révolution des monétaristes
Lorsque ce texte paraît, John Fitzgerald Kennedy est au pouvoir. Il s'est entouré d'une équipe de jeunes professeurs venus des universités de Nouvelle-Angleterre qui lui fait prendre la décision de réduire le chômage en augmentant le déficit budgétaire. Leur modèle de référence est celui qu'a formalisé John Hicks dans la foulée de la publication des textes de John Maynard Keynes et que l'on connaît sous le nom de modèle IS-LM. Pour relancer la croissance, pense-t-on à la Maison-Blanche, il suffit de créer un déficit public que l'on finance par la création de monnaie, de façon à ne pas prélever sur le marché des capitaux l'épargne nécessaire à l'investissement des entreprises.
Friedman est radicalement hostile à cette approche. Il y a chez ce fils d'immigrants austro-hongrois pauvres, né à New York en 1912, une aversion puissante pour ce que représentent les conseillers de Kennedy. Produits des meilleures universités de la côte est, issus de milieux plutôt favorisés, ils sont les héritiers du New Deal rooseveltien auquel Friedman reproche d'avoir fait croire que, le chômage pouvant être involontaire, l'État pouvait se substituer à la volonté personnelle. Or, pour Friedman, l'État, en intervenant, ne peut que provoquer de l'inflation. Puisque derrière le modèle IS-LM, il y a l'hypothèse que les prix sont rigides et la vitesse de circulation de la monnaie constante, c'est cette hypothèse que Friedman attaque, avec comme but ultime de démontrer l'inanité de l'action publique.
Le livre connaît un succès inespéré. Friedman a d'ailleurs écrit : « si mon meilleur travail scientifique fut La Théorie de la fonction de consommation, mon travail le plus influent fut Une histoire monétaire des États-Unis ». Quand il reçoit le prix Nobel d'économie en 1976, il est précisé que c'est pour sa « contribution à la théorie et à l'histoire monétaires ». Mais ce qui va donner son importance au texte, c'est plus significativement l'échec de ses adversaires. Les politiques de relance des années 1960-1970 ont provoqué une grave crise d'inflation et le doute sur le keynésianisme a ipso facto donné sa crédibilité aux thèses, qualifiées de monétaristes, de Milton Friedman.
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