Le premier et le plus célèbre des cinéastes fantastiques américains était un homme qui se méfiait du surnaturel, le déjouant souvent ou s'en moquant dans ses films, pour insister sur la vraie nature de l'étrange : celle qui habite l'âme humaine. Il était plus proche d'un auteur réaliste tel que Eric von Stroheim que de ses nombreux épigones plus soucieux d'effets chocs que de recherches psychologiques ou narratives.
On connaît peu de choses de la vie privée de Tod Browning. Il naît à Louisville (Kentucky). Adolescent, il fuit le domicile parental et rejoint une troupe de cirque où il sera successivement clown et contorsionniste. Cet univers marque la plupart de ses films, notamment ses chefs-d'œuvre, The Unknown (L'Inconnu, 1927) et Freaks (1932), où s'exprime une féroce critique des conventions sociales et des critères de bienséance et de normalité. Le jeune homme devient un acteur de vaudeville. Un collègue le présente, en 1913, à David Wark Griffith. Tod Browning rejoint la famille du cinéma comme acteur et cascadeur avant de diriger, en 1916, son premier court-métrage, The Living Death. Après voir été l'assistant d'Eric von Stroheim et de Griffith, il met en scène son premier long-métrage en 1917 : il s'agit de Jim Bludso, un mélodrame situé durant la guerre de Sécession.
Après avoir confectionné quelques films alimentaires, le jeune cinéaste rejoint la firme Universal en 1919. Il réalise, la même année, The Wicked Darling (Fleur sans tache), un film policier dans lequel il dirige, pour la première fois, Lon Chaney. Fils de parents sourds, Chaney dut rapidement apprendre à s'exprimer par la mimique et le corps. Sensiblement du même âge que Browning, le tragédien va imprégner durablement les dix films qu'il tourne avec l'auteur de L'Inconnu. Les deux hommes formeront le premier tandem mythique du cinéma fantastique. Le film le plus remarqué des débuts de Browning est Outside the Law (Révoltés, 1921), où Chaney donne la réplique à la star du muet Priscilla Dean dans un thriller qui se dérou […]
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