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VIAU THÉOPHILE DE (1590-1626)

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3.  Un poète « moderne »

Si la place de Théophile de Viau fut donc grande dans l'histoire de la libre pensée, c'est pourtant par ses poésies qu'il ambitionnait de s'imposer à l'attention du public. Pour parler de lui avec exactitude, il faut avant tout se garder de lui faire jouer le rôle d'un chef d'école littéraire opposé à Malherbe. Il est vrai qu'au dire d'un témoin il « picotait » volontiers son illustre contemporain. Mais, quand il parlait de lui dans ses vers, c'était pour dire qu'il aimait sa gloire, qu'il se contenterait d'atteindre à sa « douceur ». Il disait : « Malherbe a très bien fait. » Ce ne sont pas les paroles d'un adversaire déclaré.

Plutôt que de le juger par comparaison avec Malherbe, il importe d'observer la surprenante évolution que révèle l'étude attentive de son œuvre. Dans une première période, qui va de 1610 à 1615 environ, les quelques pièces de vers que l'on connaisse de lui le révèlent étranger à la poésie majestueuse et abstraite qui tend alors à s'imposer. Il lui préfère le jaillissement des images, le choc des mots, la dissymétrie des phrases. C'est à cette époque qu'il écrit deux de ses pièces de vers les plus fameuses, « Le Matin » et « La Solitude ».

Mais, en 1615, on observe, pour quelques années, un style poétique nouveau. Ses odes « Contre l'hyver », « Sur une tempeste », ses vers à Maurice de Nassau et à Montmorency font apparaître des traits d'une valeur d'ailleurs contestable, l'abus de l'abstrait, la recherche de formules qui veulent étonner, une emphase continuelle. Puis, par une nouvelle et dernière évolution, Théophile, en 1619, se débarrasse de ces faux brillants. Mais ce n'est pas pour se rallier à Malherbe. Il veut être « moderne ». Il parle avec dédain de « la sotte antiquité ». Il condamne toute sorte d'imitation. Il se réclame de la seule « raison » ; il entend par là les évidences qui s'imposent à l'esprit, aussi loin de la rhétorique malherbienne que des subtilités baroques. C'est de cette dernière période que datent, non pas ses pièces de vers le plus souvent citées, mais celles qui mériteraient de l'être.

Ses contemporains furent sensibles à ses mérites de poète. Il fut, pour eux, « le grand poète de la France », « le roi des esprits ». Et ce succès fut durable. Les poètes de la génération suivante, Tristan, Malleville, Saint-Amant, Scudéry, s'inspirent bien plutôt de lui que de Malherbe. Il fallut l'emprise grandissante d'un certain dogmatisme rationaliste pour que son nom fût, dans la seconde moité du siècle, enveloppé dans un trop injuste dédain.

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