3. Apophatisme et christianisme
À partir du ive siècle, tout spécialement avec Grégoire de Nysse, la théologie négative devient une pièce maîtresse de la théologie chrétienne. Vers la fin du ve siècle, un groupe d'écrits, que leur auteur anonyme a voulu mettre sous le patronage de Denys l'Aréopagite, expose avec beaucoup de détails, notamment dans l'ouvrage intitulé Théologie mystique, la voie apophatique d'accès au principe de toutes choses. Sous ce pseudonyme prestigieux, ces écrits jouèrent un rôle capital dans le Moyen Âge latin ; et, grâce à eux, des théologiens scolastiques, comme Thomas d'Aquin, pratiquèrent à leur tour, avec certaines corrections, la théologie négative. La tradition continua notamment avec des maîtres spirituels ou des mystiques comme Nicolas de Cues, Jean de la Croix, Angelus Silesius.
Certains théologiens ont pensé que la théologie négative chrétienne est essentiellement différente de la théologie négative platonicienne. Pour eux, seule la notion chrétienne de création peut fonder la vraie théologie négative. Si Dieu a créé l'homme par un acte libre et gratuit de sa volonté, il y a un abîme infranchissable entre le Créateur et sa créature. Dieu est inconnaissable absolument, par sa nature même, et seul un nouvel acte libre et gratuit de sa volonté a permis à l'homme de le connaître : la Révélation, qui s'est achevée dans l'incarnation du Verbe divin.
Il est en effet possible, après une longue élaboration, plus que millénaire, de concevoir une théologie de ce genre dans laquelle l'abîme entre Créateur et créature appelle à la fois une théologie apophatique, qui défend l'absolue transcendance de Dieu, et une théologie de l'Incarnation, qui assure que Dieu ne peut être connu que par la médiation du Verbe incarné. Mais, historiquement, ce système ne semble pas avoir été élaboré d'une manière consciente. Il faut bien constater que les théologiens chrétiens de l'époque patristique ont introduit l'apophatisme dans la théologie chrétienne en utilisant e […]
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