2. De l'impossibilité de penser à l'impossibilité de parler
À la méthode aphairétique, qui est, par excellence, une méthode intellectuelle destinée à parvenir à l'intuition de la réalité intelligible, se superpose, à partir de Plotin, une autre méthode, aphairétique elle aussi, mais qui est de caractère en quelque sorte transintellectuel, et qui deviendra de plus en plus radicale chez les néoplatoniciens postérieurs et chez Damascius.
Pour Plotin, en effet, l'Être premier, la Pensée première, n'ont pas leur fondement en eux-mêmes, mais ils se fondent dans un principe qui les transcende. En soi, ce mouvement de la pensée plotinienne est conforme à celui de la pensée de Platon qui admet une Idée du Bien comme fondement de l'intelligibilité des Idées, Idée du Bien qui est au-delà de l'ousia. Mais, à la différence de Platon, Plotin s'interroge avec précision sur la possibilité que nous avons de connaître ce principe transcendant. Parce qu'il transcende l'être et la pensée, il n'est ni « être », ni « pensée ». Nous retrouvons ici la méthode aphairétique : Plotin nous dit que « si on ajoutait quelque chose (au Principe), on le diminuerait par cette addition, lui qui n'a besoin de rien. » Toute détermination et tout prédicat, ici encore, est une soustraction et une négation par rapport à la positivité transcendante. L'opération d'abstraction est donc en fait l'affirmation de cette positivité. Seulement, la situation est maintenant différente. La méthode aphairétique, qui conduisait au Dieu d'Albinus par exemple, permettait de penser un Dieu qui était lui-même Pensée. Elle permettait une intuition de son objet. Maintenant, il s'agit d'un principe qui transcende la pensée. La méthode aphairétique ne permet donc plus de penser son objet, elle ne permet même pas de le dire, elle permet seulement d'en parler. On peut parler du Bien ou de l'Un ou du principe transcendant, parce qu'il est possible par le discours rationnel de poser la nécessité, rationnelle elle aussi, d'un tel principe et de […]
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