1. L'absence du théâtre dans la littérature classique
Les travaux du chanoine Drioton montrent que le théâtre naquit dans l'Égypte ancienne. Outre les mystères d'Osiris, qui remontent à la Ire dynastie, un théâtre laïcisé exista en Égypte dès le IIe millénaire. Pourtant, la tradition théâtrale disparut de l'Égypte à l'avènement du christianisme. Arabisée et islamisée, l'Égypte, comme les autres pays arabes, continua d'ignorer l'art dramatique jusqu'au xixe siècle.
Plusieurs orientalistes ont expliqué par des raisons d'ordre religieux l'inexistence d'un théâtre dans la civilisation arabe : l'islam n'aurait pas toléré qu'on rivalisât avec Dieu, seul façonnier des images ; les musulmans auraient méprisé le théâtre grec, inspiré par le polythéisme et élevant le héros au rang de Dieu. Mais cette thèse est infirmée par le fait que les Arabes ont toléré et même aimé Karagöz et le ta‘ziyah.
Certains auteurs arabes, dont Tawfīq al-Ḥakīm, estiment que les pérégrinations continuelles des nomades, les razzias et les guerres intestines n'ont pas créé un climat propice à la naissance du théâtre. La raison essentielle de ce phénomène est, semble-t-il, à la fois historique et esthétique. Dans le monde méditerranéen, la littérature dramatique était tombée en décadence pendant l'époque romaine et finit par disparaître jusqu'au xe siècle. Les Arabes n'ont donc pas trouvé d'exemples vivants de cet art dans les pays dont ils firent la conquête. Certes, ils auraient pu s'inspirer du patrimoine théâtral légué par la Grèce antique comme ils furent profondément influencés par la philosophie et les sciences grecques. Or, les auteurs arabophones, convaincus que leur propre littérature était inégalable et que « le privilège de la poésie était réservé aux Arabes » (Ǧaḥiz), fondèrent un humanisme à peu près sui generis, hostile à tout apport indo-persan et grec. De plus, il ne s'est trouvé aucun traducteur capable de révéler la beauté du théâtre grec (on traduisit « tragédie » par « panégyrique » et « comédi […]
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