2. De l'image obsessionnelle à l'écriture théâtrale
Cette qualité visuelle de sa dramaturgie explique l'aisance avec laquelle elle se prête à l'adaptation cinématographique. Notons toutefois que la vision passe souvent par le relais du langage, et que le jeu dramatique consiste en des correspondances entre la narration et l'image scénique ; comme si Williams procédait à la mise en drame d'un récit proprement romanesque, d'une projection de son imagination. Dès le titre, parfois, apparaît la métaphore centrale sur laquelle est bâtie la pièce, « rose tatouée », « chatte sur un toit brûlant », ou « doux oiseau de jeunesse ». À partir de là, des liens se tissent en tous sens entre les mots et les choses. Ainsi, dans La Rose tatouée : entre le nom de Serafina delle Rose, celui de sa fille Rosa, ce tatouage sur la poitrine de son mari, qu'elle sent brûler sur son propre sein quand elle conçoit un enfant, celui que le deuxième homme se fait faire pour lui plaire, la chemise de soie rose que le chœur des femmes, dans la scène finale, fera passer de main en main comme une traînée de flammes sur la pente sèche de la colline. Symbole féminin de la rose qui circule de la femme à l'homme. Ainsi, dans Soudain l'été dernier, l'épisode de l'archipel des Galapagos, avec, sur le volcan éteint, la lutte contre la mort des bébés tortues de mer : toute la plage, couleur de caviar, qui avance vers la mer pendant que le ciel, noir lui aussi, bouge et que les oiseaux carnivores se précipitent pour dévorer les bébés tortues.
L'obsession majeure de Tennessee Williams, s'il y en a une, c'est peut-être la fuite du temps. « L'ennemi, le temps, en chacun de nous », thème et phrase finale de Doux Oiseau de jeunesse (Sweet Bird of Youth), se retrouve, sous une forme ou sous une autre, dans chacune de ses pièces. Vouloir arrêter le temps est l'une des motivations de l'artiste : le théâtre est différent de la vie, il condense. Comme la méditation, le tragique suspend l'instant. Lieu clos, la scène est aussi un temps clos […]
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