2. La terre nocturne
Selon Hésiode (Théogonie, v, 126 sq), la Terre primordiale, la materia prima, Gaia, enfanta elle-même son époux, le ciel Ouranos. Elle est bien la Grande Mère, la Vierge primordiale. Cette Gaia originaire a de nombreux doublets et redondances au cours de la théogonie. Très souvent – et c'est là que son accent nocturne s'amplifie – elle est confondue avec les déesses lunaires, exactement comme chez les Maya la déesse Terre, la fécondité primordiale, la maîtrise du premier des nombres, le un, est confondue avec la Lune, telle encore Artémis d'Éphèse ou Hécate. Mais tous les doublets redondants de Gaia, la terre sauvage – soit Létho, soit Proserpine la Stygienne (cf. Apulée, Métamorphoses, XI, 5), soit Cérès, soit en Égypte Isis, « la nature, mère des choses [...], prototype des dieux et des déesses », soit la Koridwen celtique, soit, plus près de nous, les doublets nocturnes de la Vierge Marie, telles les Vierges noires, les « Notre-Dame de Sous-Terre » (Chartres, caves de l'Observatoire de Paris) encore innombrables dans les églises d'Europe, ou Sarah, la Vierge noire des Saintes-Maries (cf. E. Saillens, Nos Vierges noires, 1945, et M. Durand-Lefebvre, Études sur l'origine des Vierges noires, 1935) –, toutes ces configurations nocturnes de la Terre primordiale ont pour emblème la couleur noire, très souvent concrétisée par une pierre noire, à Pessinonte comme au temple romain de la Magna Mater deorum, Cybèle. Cependant, il faut remarquer que le groupe de culture le plus primordialement agricole, le groupe sino-tibétain – où il y a cinq éléments, et non plus quatre, la terre était au « centre » (le cinquième, c'est-à-dire la somme des quatre autres), l'air disparaissant en tant que catégorie élémentaire pour laisser place au métal (à l'ouest) et au bois (au nord) –, élabore une analyse symbolique des valeurs terriennes qui restent en Occident confondues dans le seul élément terre. Nous garderons, quant à nous, le point de départ confusionnel de notre quatrième élémen […]
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