2. Un romantique contemplatif
John Grierson, qui animait une équipe britannique très engagée dans le documentaire social, invite Flaherty à venir réaliser en Angleterre Industrial Britain, puis The English Potter (1933). Auparavant, par le hasard d'une conversation, Flaherty avait découvert les dures conditions de vie sur les îles d'Aran, à l'ouest de l'Irlande, très loin de Londres. Accrochés aux rochers battus par le vent, dans les conditions les plus extrêmes de survie, des hommes et des femmes, à la fois pêcheurs et agriculteurs, luttaient contre les tempêtes en mer, aménageant en même temps, dans les creux des rochers, d'infimes parcelles destinées à la culture des pommes de terre. Flaherty séjourne deux ans sur place, accumulant des heures de rushes. Tout est reconstitué, mais, paradoxalement, tout est authentique : le cadre, grandiose et sauvage, à l'opposé des facilités du studio ; les situations, vécues à leur plus haute intensité ; les personnages, qui retrouvent les gestes immémoriaux de leurs ancêtres. Cette famille, c'est pour Flaherty la cellule première de l'humanité en lutte contre la nature tout en s'y intégrant, comme dans Nanouk et Moana. Apprenant l'existence, au large des îles, de bancs de requins – l'animal mythique vainement imaginé aux îles Samoa –, découvrant d'après les témoignages que la pêche en était pratiquée une soixantaine d'années auparavant, Flaherty replonge dans le passé, avec le concours d'insulaires prêts à revivre les histoires d'antan.
Sorti en 1934, L'Homme d'Aran est à la fois admiré et accusé de « romantisme ». Selon ses détracteurs, Flaherty aurait préféré, au regard en direct sur la réalité, une plongée imaginaire au cœur d'une réalité reconstituée. Cette alternative va dominer l'histoire à venir du documentaire.
Grand prix au festival de Venise de 1934, L'Homme d'Aran confirmait la réputation de Flaherty sans lui valoir de succès commercial. En Grande-Bretagne, le cinéaste, qui pourtant déteste le pittoresque, se laisse entraîner dans une aventure exot […]
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