Né à Deanston (Écosse), John Grierson est reconnu comme le père du documentarisme anglais et l'un des maîtres du documentaire mondial ; alors qu'il n'a signé que peu de films, dont Drifters, qui a suffi, à juste titre, à asseoir son autorité. Il a été surtout un animateur exceptionnel et un théoricien écouté (on le crédite d'avoir lancé le mot « documentaire » – en réalité antérieur et alors employé de façon plutôt péjorative à propos de Moana, de Robert Flaherty en 1926) –, militant inlassablement pour un cinéma qui tiendrait compte des préoccupations de son temps, fuyant les studios, les acteurs, les mises en scène conventionnelles et les scénarios écrits à l'avance, sans pour autant renoncer à l'imagination du créateur et à l'inspiration du poète.
De retour au Royaume-Uni après un séjour aux États-Unis, John Grierson fonde le service cinématographique du ministère du Commerce extérieur (Empire Marketing Board Film Unit), pour la propagande des produits de l'Empire britannique. En 1929, il tourne Drifters, un film sur la pêche aux harengs en mer du Nord, qui fera date dans l'histoire du documentaire. L'EMB Film Unit se développe, relayé par le General Post Office Film Unit (au sein du ministère des Postes), qui deviendra, toujours sous la direction de John Grierson, le lieu le plus dynamique du cinéma britannique des années 1930. Désormais producteur, occasionnellement coréalisateur, John Grierson fait appel à des réalisateurs étrangers de talent, comme l'Américain Robert Flaherty (Industrial Britain, 1933) et le Franco-Brésilien Alberto Cavalcanti (Coal Face, 1935).
Son influence a marqué une équipe constituée de réalisateurs assez talentueux pour sauvegarder leur personnalité tout en se reconnaissant dans les orientations proposées par un visionnaire à la fois réaliste et de tempérament plutôt irascible. Quelques titres, retenus par l'histoire du cinéma, doivent beaucoup au talent de leur auteur, mais aussi à l'ambiance stimulante de l'équipe, dont l'influence s'étend à de grandes sociétés […]
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