L'un des plus grands photographes américains de la seconde moitié du xxe siècle, Richard Avedon, né à New York en 1923, restera certainement pour ses photographies de mode. Probablement moins pour son engagement politique, pourtant revendiqué (notamment contre la guerre du Vietnam). Il demeure surtout l'un des portraitistes majeurs de son siècle, se réclamant volontiers d'une tradition qui part de Nadar et passe par Sander, et rivalisant avec son aîné et compatriote Irving Penn (né en 1917). Immédiatement reconnaissables, les portraits d'Avedon tiennent à leur(s) modèle(s) et à leur auteur, mais aussi à un dispositif mis en place tôt, qui ne variera plus : le sujet est placé, face à l'appareil, sous une lumière artificielle et crue, devant un fond blanc, nu – marque du photographe.
1. La mode
Né dans la mode (son père possède un magasin sur la Cinquième Avenue, ses parents sont abonnés à Vogue, Harper's Bazaar, Vanity Fair, sa sœur est une beauté), le jeune Dick photographie les siens près de voitures rutilantes et de « chiens empruntés ». À dix ans, rappellent Maria Morris Hambourg et Mia Fineman, commissaires de l'exposition Richard Avedon. Portraits, au Metropolitan Museum de New York en 2002, l'obsède l'idée de photographier le compositeur Sergueï Rachmaninov, qui habite l'appartement au-dessus de celui de ses grands-parents, sur Riverside Drive à Manhattan. « Je voulais qu'il me voie, qu'il me reconnaisse, d'une façon ou d'une autre. » Mais surtout : « Je voulais qu'il me donne quelque chose de lui que je pourrais garder, quelque chose d'intime, qui dure toujours et me rattache à lui. » Cela semble le début d'une quête, longue de toute une vie.
Lorsque Avedon, après être passé par Columbia University, rejoint la marine marchande en 1942 pour faire son service militaire, il est chargé de réaliser le portrait d'appelés – photos d'identité, au cadrage frontal, sur fond blanc déjà. Lorsque, à partir de 1944, il suit à la New School for Social Research l'enseignement d'Alexey Brodovitch […]
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