2. Les portraits
Cette activité commerciale ne peut le satisfaire. Elle se double depuis longtemps d'une autre, essentielle, de portraitiste. Avedon s'adonne au portrait en photographiant, avec un incontestable bonheur d'expression, artistes et intellectuels, ainsi que politiques – tous gens de pouvoir. Chaplin diabolique ou diabolisé (1952), Marylin Monroe tour à tour rayonnante ou défaite, la même année (1957) que le duc et la duchesse de Windsor, ou encore Ezra Pound (1958), plus seuls, mais aussi plus présents que jamais – et Marcel Duchamp fragile (1968), après Marian Anderson (1955) irradiant l'énergie de son chant.
Le 21 octobre 1976, le photographe offre aux États-Unis le miroir de leur élite, à travers soixante-neuf portraits que publie le magazine Rolling Stone, sous le titre The Family. Avedon excelle dans les portraits de groupe, de Warhol avec les figures de la Factory ou des Sept de Chicago (1969) comme des décideurs du Mission Council à Saigon (1971). À la qualité de chaque effigie s'ajoute celle d'un montage en polyptyques procédant de mises en page audacieuses (visages, silhouettes coupés) et, dans le cas d'expositions, de grands formats et d'accrochages contraires à toutes les conventions, pour un effet maximum.
Philippe Dubois évoque l'élémentaire « dispositif de dépouillement, dur et provocateur, qui n'est pas sans cruauté et qui atteint parfois au sublime ou au pathétique, comme dans la série, qui fit scandale lorsqu'elle fut exposée au MoMA de New York, en 1974, des sept portraits qu'Avedon tira de son propre père de 1969 à 1973 et qui montrent sur les traits du visage de cet octogénaire la progression terrible du cancer qui devait l'emporter. On y lit, pas à pas, l'appréhension, la terreur, le désespoir et la résignation, qui sont en fin de compte les sentiments mêmes, universels, qui agitent chacun d'entre nous face à un objectif photographique, face à l'image de notre propre mort. Jamais sans doute la puissance de mort de la photographie ne se marqua ave […]
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