2. Une poétique commune
Si hétérogène que soit ce groupe d'une quinzaine de personnes, il n'en garde pas moins une certaine unité. Elle est due à l'adhésion, tantôt explicite tantôt implicite, à un projet commun que Peletier du Mans, Du Bellay, Pontus de Tyard et Ronsard ont essayé de définir.
Le premier article de foi réside en la croyance qu'une nouvelle littérature française est possible : très différente de l'ancienne, elle ferait revivre en français le ton et les genres littéraires de l'Antiquité, auxquels on ajouterait le sonnet à qui Pétrarque, père commun de tous les humanistes, avait conféré un cachet de classicisme. Ce culte inconditionnel de formes littéraires mortes depuis longtemps, joint à l'excommunication du passé culturel français, n'a pas été sans résistance, et aujourd'hui encore il n'est pas interprété comme il le devrait. On a trop perdu contact avec les penseurs de la Renaissance pour garder présent à l'esprit leur postulat touchant à l'éternité des formes qui, pour des esprits imprégnés de néoplatonisme italien, ne faisait pas de doute. Bembo, l'un des Italiens les plus admirés par Ronsard, précisait cette croyance dans une lettre adressée à Pic de la Mirandole : « De même qu'il y a en Dieu une certaine forme divine de la justice, de la tempérance et des autres vertus, il s'y trouve aussi une certaine forme divine du style accompli, un modèle absolument parfait qu'avaient en vue, autant qu'ils le pouvaient par la pensée, Xénophon, Démosthène, Platon surtout et Cicéron quand ils composaient les uns et les autres. À cette image conçue dans leur esprit ils rapportaient leur génie et leur style. J'estime que nous devons faire comme eux : tâcher de nous rapprocher de notre mieux et le plus près possible de cette image de la Beauté. » Nous voilà bien loin de l'interprétation scolaire de la théorie de l'imitation. Imiter les Anciens, pour les hommes de la Pléiade, ne consiste pas à les répéter, mais à s'appuyer sur eux pour retrouver des formes éternelles qu'ils avaient été les premier […]
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