3. L'univers cornélien
Le théâtre de Corneille est moins une peinture de l'homme que la mise en œuvre dramatique d'une certaine conception du héros : c'est dire que la psychologie y cède le pas à l'affirmation des valeurs. Le héros est bien figuré selon les données de l'âme humaine, et en ce sens Corneille peut être psychologue. Mais il s'agit surtout que le héros soit admirable, et il n'est pas rare qu'il le soit aux dépens de la plausibilité, quelques précautions que Corneille prenne pour l'éviter : on s'en convaincra en relisant Rodogune, Pertharite, Horace même. Cette situation de Corneille sur un plan supra-psychologique a toujours été perçue plus ou moins clairement. C'est sans doute ce que voulait dire La Bruyère quand il écrivait que Corneille peint les hommes « tels qu'ils devraient être ». Ce mot fameux proclame la nécessité, si l'on veut comprendre Corneille, de définir le modèle idéal qu'il avait en vue. Cependant, l'idéal est une matière variable, et le verbe « devoir » n'a pas toujours ni partout la même application. Les critiques qui ont essayé, pendant près de deux siècles, de définir le héros selon Corneille ont trop souvent consulté, pour en faire la loi de l'héroïsme cornélien, les commandements de leur propre morale. À qui veut aujourd'hui retrouver, par-delà telles interprétations anachroniques, un Corneille plus vrai, un effort de sympathie historique est indispensable : Corneille n'en sort nullement diminué, ni réduit à une province étroite du passé ; au contraire, l'intuition du sens de l'œuvre à sa naissance et pour le public contemporain permet seule de réfléchir sans malentendu à sa portée humaine.
• Variations de la critique cornélienne
À travers les opinions diverses des critiques, quelques évidences se retrouvent d'une génération à l'autre. Elles nous serviront de première approche dans la définition du héros. On a toujours remarqué dans la grandeur d'âme cornélienne une certaine exaltation du moi : on citerait aisément des observations de Guiz […]
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