4. Une écriture polymorphe
Sans doute en partie à cause de la théâtralité naturelle du personnage et des effets artificiels du double mythologique qui s'est attaché à ses pas de son vivant contre sa volonté, la détestation pasolinienne envers le théâtre contemporain s'est retournée en un intérêt vif et très partagé chez les créateurs du théâtre d'aujourd'hui – Stanislas Nordey, notamment – pour l'écriture dramatique pasolinienne telle qu'elle s'exprime principalement dans les six pièces en italien écrites à partir du mois de mars 1966. Le retournement ne fut ici que posthume, car la tentative pasolinienne de déplacement brutal du mouvement général de son œuvre vers le monde du théâtre (1967-1968), à la différence de celui qu'il avait réussi pour le cinéma au début de la décennie précédente, fut un cuisant échec.
Tout autre est l'importance objective de l'écriture proprement théâtrale au sein de la dernière décennie de la littérature et du cinéma pasoliniens : il s'agit, avec Pétrole (1972-1975, publié en 1992), d'un des moments majeurs de l'œuvre, où prose, sentiment poétique et force des images trouvent un moment unique d'harmonie. Ce n'est pas un théâtre d'idées sartrien, ni un dérivatif à la production poétique – il ne s'agit d'ailleurs pas, à proprement parler, d'un théâtre en vers –, et il s'oppose terme à terme au cinéma de Pasolini.
Grand écrivain de descriptions et habile narrateur, critique littéraire et cinématographique aguerri, théoricien de la stylistique littéraire dans les années 1950 puis sémiologue-philosophe hérétique de la langue et du cinéma dans les années 1960, Pasolini fut aussi un polémiste féroce, et un chroniqueur-sociologue pour les journeaux dès les années de sa jeunesse frioulane. De cette veine participent aussi les neuf documentaires et essais cinématographiques, tous particulièrement émouvants : La Rabbia, 1963 ; Comizi d'amore, Repérages en Palestine pour l'Évangile selon saint Matthieu, 1964 ; Notes pour un film sur l'Inde, 1967-1968 ; La Séquence de la fleur de papier, Carnet […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



