L'œuvre de Bernardo Bertolucci, marquée par le formalisme, un souci de l'histoire et de la politique jamais démentis, est portée par une interrogation sur l'identité, l'existence de l'individu et son annihilation possible par la perte même de cette identité. Seul cinéaste italien à succès, avec Sergio Leone, à avoir réalisé une grande partie de sa carrière en dehors de son pays, il reste fidèle, malgré ses évolutions, aux questions de fond que posent ses premiers films.
Les premières influences viennent de la poésie, de l'opéra, du marxisme et de la psychanalyse. Né à Parme, fils du grand poète et critique de cinéma Attilio Bertolucci, Bernardo Bertolucci est lui-même poète. Son premier maître fut Pier Paolo Pasolini, le chantre du « cinéma de poésie ». L'ancrage philosophique marxiste de type gramscien, lié à l'expérience de la psychanalyse, explique en partie le rayonnement critique qu'il connaît dans les années 1970, relayé aujourd'hui par la reconnaissance d'un grand public sensible à l'ambition « monumentale » d'une partie de ses œuvres suivantes.
Bertolucci est l'assistant de Pasolini sur Accatone (1961) alors qu'il n'a que vingt ans et réalise son premier film en 1962 à partir d'un scénario écrit avec Pasolini et que celui-ci ne put tourner. La Commare secca, (« la commère sèche », nom que les Romains donnent à la Mort), est un récit éclaté entre un certain nombre de témoins, plus ou moins approximatifs, du meurtre d'une prostituée. Les faubourgs, leurs habitants errant dans la nuit et l'incertitude sont bien d'inspiration pasolinienne, mais l'insistance dans la recherche formelle, la scansion particulière du récit, le composite des mises en situation est le fait d'un cinéaste qui, à vingt et un ans, a déjà trouvé sa voie. En 1964, il connaît la célébrité avec Prima della Rivoluzione, tourné dans sa ville natale, et qui évoque le drame d'un jeune intellectuel pris entre son désir de révolution et une éducation liée à la culture classique d'une bourgeoisie qui fabrique ses propres révol […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



