2. « Avec les armes de la poésie »
Fondateur de culture, si ce n'est de langue (le frioulan ne possède pas de tradition littéraire, sinon folklorique, avant l'Academiuta de lenga furlana créée par Pasolini dans sa jeunesse), Pasolini est un « Poète » au sens mythologique du terme. Œuvre de l'origine par excellence, les Poèmes à Casarsa (1942) racontent la naissance d'un sujet poétique ; ils sont du reste « écrits littérairement », comme dans une langue étrangère, à l'aide d'un dictionnaire italo-frioulan. La suite de cette production dialectale, au contraire, tiendra compte du caractère vivant des parlers des villages des deux côtés du fleuve Tagliamento, et se trouve rassemblée dans le recueil rétrospectif qui est comme un élargissement en abyme de la première plaquette : La Meilleure Jeunesse (1954). La poésie en italien, à laquelle se consacre Pasolini par la suite, hormis quelques retours tardifs au frioulan, commence dès 1943 avec le magnifique Rossignol de l'Église catholique, qui contient la première apparition du thème christique, « masochiste et masturbateur ». Le second Rossignol (qui contient des pièces de 1946-1949, et ne sera publié qu'en 1958) témoigne d'un déplacement vers une poésie engagée, démonstrative et fantasmatique, qui constitue aussi le fond des recueils suivants des années 1950-1960 (Les Cendres de Gramsci ; La Religion de mon temps, 1961 ; Poésie en forme de rose, 1964), avant que les années d'après Mai-68, celles de Théorème et de Porcherie, ne produisent une poésie plus violente et plus hermétique à la fois (Transhumaniser et organiser, 1971 ; La Nouvelle Jeunesse, 1975). Ce qui ne se dément jamais dans la poésie pasolinienne – si l'on peut synthétiser une si énorme et si totalisante production –, c'est sans doute, à partir de l'expérience frioulane, la « passion de refonder », productrice d'autant de lois et de contraintes que de désacralisations et d'autodestructions bien tempérées.
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