Après les guerres de religion, l'Église catholique éprouva un besoin de réforme qui entraîna plus tard une division entre modérés et rigoristes. De même, après le désordre moral et religieux du « temps des troubles » (1584-1613), l'élite du clergé russe commença la réforme d'où sortit le schisme (raskol) des vieux-croyants (staroviery). Le plus ardent des réformateurs, devenu docteur et martyr de la « vieille foi », fut l'archiprêtre Avvakum, le plus grand écrivain russe avant le xixe siècle.
1. Prophète de la vieille foi
La région de Nijni-Novgorod était au xviie siècle un pays où les Russes se heurtaient encore aux Mordves, païens de race finnoise : de là une population active, des individualités fortes. Avvakum, Neronov son maître, le pope Lazare son disciple, le patriarche Nikon son adversaire étaient de cette région.
Fils du curé du bourg de Grigorovo, Avvakum naquit en 1620 ou 1621. Il prit pour femme Anastasie Markovna, qui sera toujours son soutien. Ordonné prêtre, il reçut le soin d'une paroisse voisine, Lopatichtchi. Il y montra tant de zèle dans la défense de ses ouailles et la célébration des offices, sans hâte ni coupures, qu'en 1647 il fut rossé et chassé. Avvakum s'en fut à Moscou, auprès de Neronov qu'il avait connu à Nijni et qui le présenta à l'archiprêtre Étienne, confesseur du tsar, et au jeune tsar Alexis. Ils étaient les fondateurs du cercle des Amis de Dieu, qui se proposait un vaste programme de réformes : imposer la morale chrétienne, rétablir la dignité du culte, imprimer des livres d'Église corrects, assurer au clergé une influence dans l'État. Déjà le cercle faisait nommer ses candidats aux cures, évêchés, abbayes.
Avvakum fut donc confirmé dans sa cure. Il y arrêta l'indécente comédie des montreurs d'ours, refusa de bénir un jeune noble qui, contre le Lévitique et le Stoglav (les Cent Chapitres) du concile de 1551, avait la face rasée... Il dut encore déguerpir. Cette fois, il fut promu archiprêtre de Iourevets sur la Volga. Il n'y resta que deux mois : il avait failli être […]
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