Il existe une technique de la peinture, dans la mesure où l'on utilise certains types de matériaux associés dans un rapport exact d'interdépendance. L'expression « technique de la peinture » peut néanmoins prêter à confusion, car elle désigne à la fois la pratique des matériaux utilisés et le faire de l'artiste – expression matérielle propre à sa création. Par exemple, la technique de Rembrandt ne se limite pas au simple maniement de couleurs broyées à l'huile et posées sur un support correspondant.
De même, bien que dans un ordre différent, un Sesshū Tōyō (peintre japonais de la fin du xve siècle) a pu traiter différemment sa propre technique à l'encre, en lui apportant un jeu infini de nuances comme on peut le voir dans la « peinture » de l'écriture elle-même. Et la première recommandation des règles de peinture de Xie He, peintre chinois actif de 500 à 535, qui insiste sur la nécessité pour le peintre d'accorder son propre rythme vital et spirituel avec celui de la vie, permet de comprendre combien l'expression finale – graphique et peinte – est, au moins pour les plus grands, beaucoup plus que le résultat d'une savante pratique. Ainsi, comme l'avait remarqué Henri Focillon, la main animée par l'esprit demeure la conductrice éminente, trahissant ou traduisant les pulsions propres de l'artiste en une sorte de dialectique psychique, souvent constatée par les auteurs japonais, chinois ou indiens aussi bien que par Léonard de Vinci. Il est frappant de voir qu'à côté de ce que l'on pourrait appeler un « rituel de la peinture » il existe toujours un ensemble de conseils se rapportant à la direction mentale et spirituelle. Dans certaines sectes bouddhiques, l'acte de peindre a pu être considéré comme devant être dominé par une vision intérieure et n'être dans son expression finale qu'une sorte de signe intermédiaire entre la nature et son organisation spirituelle. Ce que certains des peintres abstraits du xxe siècle ont voulu reprendre à leur compte jusque dans l'automatisme pi […]
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