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ABADIE PAUL (1812-1884)

Paul Abadie est né à Paris le 9 novembre 1812. Il est le fils d'un architecte néo-classique homonyme (1783-1868) qui fut architecte du département de la Charente : on lui doit notamment le palais de justice d'Angoulême (env. 1825-1828). Abadie entre à Paris dans l'atelier d'Achille Leclère (1832) puis à l'École des beaux-arts (1835) pour étudier l'architecture. Parallèlement à cette formation classique, il participe à la redécouverte du Moyen Âge, notamment par les tournées qu'il fait à partir de 1844 en tant qu'attaché à la Commission des monuments historiques. En même temps qu'il élabore à ce titre ses premiers projets de restauration, les travaux de Notre-Dame de Paris, dirigés par Jean-Baptiste Lassus et Eugène Viollet-le-Duc, et pour lesquels Abadie est nommé second inspecteur en 1845, le mettent en contact avec un chantier exemplaire. En 1849, à la suite de la création du service chargé des édifices diocésains, Abadie est nommé architecte pour les diocèses de Périgueux, Angoulême et Cahors. Il deviendra en 1872 inspecteur général des édifices diocésains et sera élu en 1875 membre de l'Institut. Il meurt à Chatou le 2 août 1884.

On doit à Paul Abadie plus d'une quarantaine de projets ou travaux de restauration, principalement sur les églises romanes de Charente (Montmoreau, 1845-1857 ; Châteauneuf-sur-Charente, 1846-1850 et 1858-1861 ; Saint-Michel, 1848-1853), de Dordogne (Brantôme, 1847-1854) ou de Gironde (Loupiac, 1847-1859 ; Langoiran, à partir de 1862). À Bordeaux, avant d'être nommé en 1862 architecte diocésain pour la cathédrale, il prend part à un important programme de restauration conçu pour manifester le renouveau catholique du diocèse (clocher de Saint-Michel, 1857-1869 ; façade de Sainte-Croix, 1859-1865).

En tant qu'architecte diocésain, Abadie est chargé notamment des cathédrales Saint-Pierre d'Angoulême (Charente) et Saint-Front de Périgueux (Dordogne). De 1849 à 1880, il réalise à la cathédrale Saint-Pierre, en phase avec une politique épiscopale active, un vaste programme permettant un retour à l'unité stylistique. De 1851 à 1883, Abadie restaure Saint-Front de Périgueux : d'une difficile reprise en sous-œuvre (bras sud, 1852-1854), le chantier évolue vite vers une reconstruction quasi totale, mettant en valeur l'archétype que l'architecte perçoit dans un édifice qui a alors valeur de mythe.

En même temps qu'il restaure, Abadie projette ou construit une cinquantaine de bâtiments. Ce sont principalement des églises, comme Saint-Martial d'Angoulême (1849-1856), Notre-Dame de Bergerac (Dordogne, 1851-1866), Saint-Ausone d'Angoulême (1856-1868), Sainte-Marie de Bordeaux (1860-1886), Saint-Ferdinand de Bordeaux (1862-1867) ou le Sacré-Cœur d'Agen (Lot-et-Garonne, à partir de 1876) ; mais aussi des habitations (maison urbaine à Angoulême, rue Paul-Abadie, avant 1856), des tombeaux et plusieurs édifices publics civils. Le plus important de ces derniers est l'hôtel de ville d'Angoulême (1854-1869) qui inclut des vestiges de l'ancien château comtal (xiiie-xve siècle) et qui se réfère aux hôtels de ville des communes médiévales.

En 1874, Abadie remporte le concours pour le Sacré-Cœur de Montmartre à Paris, église dont la construction devait répondre à un vœu émis au moment de la défaite de 1870-1871. Les travaux commencent en 1875 mais la basilique ne sera consacrée qu'en 1919, bien après la mort de l'architecte. Repris par les architectes qui se succèdent sur le chantier (H. Daumet, C.-J. Laisné, H.-P.-M. Rauline, L. Magne, L.-J. Hulot), le projet initial subit des modifications plus ou moins importantes. L'édifice n'en reste pas moins un aboutissement des recherches menées par Abadie à partir de modèles romans en même temps qu'un prolongement de celles que Léon Vaudoyer conduit à partir de 1852 pour la cathédrale de Marseille.

Restaurateur et architecte controversé, longtemps considéré comme le représentant le plus haïssable d'un xixe siècle architectural largement incompris, Abadie a bénéficié depuis les années 1980 du nouveau regard porté sur son époque, retrouvant ainsi une plus juste place. On a réévalué notamment sa participation au mouvement du rationalisme néo-médiéval, en reconnaissant son originalité par rapport à Viollet-le-Duc. Abadie apparaît désormais comme un architecte moins doctrinaire que ce dernier, plus ambigu, ayant su, le moment venu, composer avec l'éclectisme de son temps. On lui reconnaît également une part importante dans la définition de quelques-uns des types architecturaux les plus notables de son époque : les combinaisons variées qu'il a proposées pour ses édifices paroissiaux ont contribué à fixer le type de l'église néo-médiévale de la seconde moitié du xixe siècle ; l'ordonnance de la maison de la rue Paul-Abadie à Angoulême a ouvert la voie de façon très précoce aux façades exprimant la distribution, formule qui deviendra la règle à la fin du siècle ; le modèle du Sacré-Cœur de Montmartre a influencé plusieurs grandes basiliques votives ou de pèlerinage (par exemple la basilique de Koekelberg à Bruxelles, 1919-1960, par Albert van Huffel, ou la basilique Sainte-Thérèse de Lisieux, 1928-1954, par Louis-Marie Cordonnier). Il a aussi inspiré un certain nombre d'églises, notamment à Paris (Saint-Esprit, 1938-1935, par Paul Tournon ; Saint-Pierre-de-Chaillot, 1931-1938, par Émile Bois ; Sainte-Odile, 1934-1946, par Jacques Barge).

Claude LAROCHE

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Bibliographie

J. Benoist dir., Le Sacré-Cœur de Montmartre

un vœu national, Paris, D.A.A.V.P., 1995

C. Laroche, « L'Hôtel de ville d'Angoulême », in Congrès archéologique de France, 153e session, 1995, Charente, Société française d'archéologie, Paris, 2000

« Saint-Front de Périgueux : la restauration du xixe siècle », in Congrès archéologique de France, 156e session, 1998, Périgord, ibid., 1999

C. Laroche dir., Paul Abadie architecte (1812-1884), cat. expos., Musée national des monuments français, Paris, Réunion des musées nationaux, 1988.

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