3. Le Jardin des tarots
Marquée par les Singuliers de l'art (Cheval, Rodia, Gaudí), l'œuvre de Niki de Saint Phalle puise largement dans une veine populaire, hostile aux institutions – « je tire sur l'Église, mais je glorifie la cathédrale » –, qui met en scène héros populaires (Jeanne d'Arc, King Kong, « sportifs » installés sur la promenade des Anglais à Nice), figures de contes (mariées, sorcières, monstres comme le Dragon de Knokke-le-Zoute en 1972-1973), légendes comme celle du Golem, thème d'une architecture pour enfants dans le parc Rabinovitch à Jérusalem (1971). Les matériaux qu'elle utilise (céramique colorée, verre, miroirs brisés, étoffes, plastique), son graphisme englobant, l'arc-en-ciel de sa palette unique, la ronde-bosse enjouée et tactile de sa sculpture donnent au public l'accès direct à son art. Le Jardin des tarots (1978-1998) à Garavicchio en Toscane, dans la lignée des jardins astrologiques de la Renaissance, lie le magique et l’imaginaire, le rêve et la poésie, inspiration folklorique et spéculation intellectuelle.
Engagée dès les « Tirs », qui faisaient pièce aux violences de la guerre d'Algérie et de l'O.A.S, Niki fit beaucoup pour imposer l'image d'une alternative féminine à une société construite sur des valeurs masculines de conquête et de force. Ses luttes pour l'environnement, contre le sida furent menées avec le grand sens de l'avenir dont témoignent ses films et ses lettres. Deux donations, au Sprengel Museum d'Hanovre et au musée de Nice, permettent de comprendre l'évolution de son œuvre.
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