Dans le paysage historiographique contemporain, les Annales représentent l'école historique par excellence. Le label désigne en effet à la fois une communauté scientifique, un programme et une fidélité entre générations qui caractérisent bien un courant intellectuel. Celui-ci a son événement, la parution de la revue Annales d'histoire économique et sociale, et ses pères fondateurs, Lucien Febvre et Marc Bloch, ainsi qu'une légende sulfureuse autour d'une revue encore marginale, critique et souvent polémique à ses débuts (années 1930), à laquelle s'est substituée, avec la réussite du mouvement dès les années 1950, une légende dorée liée à sa position hégémonique au sein des sciences sociales.
1. Une revue militante
La création, en janvier 1929, de la revue Annales d'histoire économique et sociale a marqué et fixé la date fondatrice d'un phénomène intellectuel complexe aujourd'hui encore assez mal connu. Ses fondateurs, Lucien Febvre et Marc Bloch, ne sont alors ni des débutants ni des inconnus. Ils sont tous deux professeurs à l'université de Strasbourg : le premier, d'histoire moderne, entre au Collège de France en 1932 ; le second, d'histoire médiévale, rejoint la Sorbonne en 1936. Febvre venait de publier un ouvrage remarqué, Un destin : Martin Luther (1928), Bloch avait signé un ouvrage très novateur sur Les Rois thaumaturges (1924) et préparait un autre ouvrage sur Les Caractères originaux de l'histoire rurale française (1931). L'un et l'autre avaient été initiés par Henri Berr, philosophe reconverti à la cause d'une histoire qu'il se proposait de renouveler. Ce dernier a multiplié les initiatives autour d'une conception de la synthèse des connaissances fondées non pas sur la philosophie mais sur l'histoire, avec la Revue de synthèse historique, créée en 1900, la création de la collection « Évolution de l'humanité » en 1920 et, cinq ans plus tard, la fondation du Centre de synthèse. Autant d'entreprises qui vont constituer le creuset dans lequel les fondateurs des Annales vont pouvoir orga […]
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