La gloire d'incarner de manière quasi exclusive, pour un très vaste auditoire qui s'étend bien au-delà du cercle restreint des mélomanes, le génie d'un instrument et les enchantements de la musique « classique » n'est offerte qu'à des personnalités d'exception. Rares en effet sont les musiciens qui, comme le violoncelliste et chef d'orchestre Mstislav Rostropovitch, ont connu une célébrité universelle. Rejetés dans l'ombre les sortilèges de l'école française – pourtant illustrée, depuis Maurice Maréchal (1892-1964), par des étoiles de première grandeur comme Pierre Fournier, Maurice Gendron, André Navarra ou Paul Tortelier –, ignorée la dimension d'un Siegfried Palm (1927-2005) qui tout autant que lui a œuvré avec ténacité pour défendre la musique de son temps et renouveler le répertoire, éclipsées des individualités aussi fortes que celles de Gregor Piatigorsky, Mikhail Khomitzer, Janos Starker, Daniil Shafran ou Sviatoslav Knouchevitsky...
Les causes de cette domination sont multiples. Après s'être longtemps accommodé du régime soviétique – dont il fut l'un des privilégiés –, Mstislav Rostropovitch a publiquement rompu avec lui et pris la défense des dissidents, faisant preuve d'un indéniable courage personnel. L'exil qui s'ensuivit lui conféra l'aura qui émane des victimes injustement frappées. Les milieux musicaux, conquis par son obstination à susciter des œuvres nouvelles, et les médias, séduits par une personnalité naturellement chaleureuse et expansive, ne tardèrent pas à en faire une vedette. Quant au public, il fut littéralement subjugué par la fougue de l'interprète et la perfection de sa technique. Sans conteste l'un des plus importants violoncellistes de la seconde moitié du xxe siècle, Mstislav Rostropovitch a exercé une influence majeure sur une génération entière d'instrumentistes.
1. Des honneurs à la dissidence
Fils et petit-fils de violoncelliste – son père, Leopold, ancien élève de Pau Casals, enseigne l'instrument à Moscou –, Mstislav Leopoldovitch Ro […]
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