2. De l'« ego » transcendantal à l'intersubjectivité
Définissant les Méditations de Descartes comme le « prototype du retour philosophique sur soi-même », Husserl fait sienne la « nécessité d'un recommencement radical en philosophie ». Cette nécessité entraîne au-delà de son illustre modèle : Descartes n'a pas suffisamment mis en cause l'idéal géométrique d'un « fondement axiomatique », car la science géométrique elle-même a besoin d'un fondement. Elle n'en aboutit pas moins, on l'a dit, à une reformulation de l'ego. Mais alors que les quatre premières Méditations de Husserl s'en tenaient pour l'essentiel à « la corrélation de l'être et de la conscience » (soit la relation bipolaire sujet-objet), la cinquième et dernière opère un changement de taille en se demandant si nous avons « poussé nos recherches assez loin pour nous rendre intelligible, dans sa structure générale et essentielle, la possibilité (très étrange, nous le sentons tous) de l'existence d'autrui pour nous ». Faute de quoi, « notre évidence ne deviendrait-elle pas chancelante ? »
Husserl est ainsi conduit à opérer une ultime « réduction », celle de l'expérience transcendantale à la « sphère de l'appartenance » (« ce qui m'appartient », « le non-étranger » ou sphère du propre). Alors que la fondation cartésienne de la science passait par le dualisme de l'âme et du corps, la refondation husserlienne comprend au contraire le « corps propre » (Leib, ce que les phénoménologues contemporains, à la suite en particulier de Merleau-Ponty, préfèrent appeler la chair) radicalement autrement que les corps en général, tels qu'ils nous sont donnés à connaître par la physique. Lorsque la conscience met le monde entre parenthèses, s'isolant comme solus ipse, elle produit une apparence d'elle-même, que l'explication phénoménologique, faisant retour sur « l'intuition » d'être au monde, permet de dissiper. Brisant net les frontières induites par une philosophie de la conscience psychologique, l'intentionnalité reconnaît ainsi son propre fon […]
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