Situé à la charnière du xixe et du xxe siècle, le peintre Maurice Denis a vu sa place réévaluée dans l'histoire de l'art contemporain depuis les années 1980. Alors qu'on ne connaissait plus de lui que son mot d'ordre dans lequel on lisait à tort une justification précoce de l'art abstrait, « se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblés » (« Définition du néo-traditionnisme », 1890), on a désormais redécouvert les multiples facettes de sa poétique picturale, son ambition décorative et monumentale, son rôle éminent dans la rénovation de l'art religieux après la Première Guerre mondiale. Personnalité complexe qui maniait avec autant de talent la plume que le pinceau, Maurice Denis fut le contemporain de Gauguin, de Matisse, de Kandinsky, et il demeure moins étranger qu'on ne l'a dit aux grands débats suscités par les renouvellements successifs de la création artistique au fil du « premier xxe siècle ».
1. Le théoricien du groupe des nabis
Le peintre qui expose pour la première fois au Salon des indépendants de 1891 un tableau intitulé Mystère catholique (1890, collection particulière) n'est pas tout à fait un inconnu. Né en 1870 à Granville dans une famille installée à Saint-Germain-en-Laye, où il demeurera toute sa vie, Maurice Denis a fait de sérieuses études classiques et fréquente depuis 1888 l'académie Jullian et l'École des beaux-arts. Il s'est illustré en publiant à vingt ans, en 1890, son premier article, « Définition du néo-traditionnisme », qui passe rapidement pour le manifeste du groupe des nabis (« prophètes » en hébreu) créé en 1888 par le peintre Paul Ranson avec, entre autres, Sérusier, Bonnard, Vuillard et Roussel. Leur but est de rompre avec l'esthétique de l'impressionnisme, de promouvoir une peinture nouvelle fondée sur les grands modèles des primitifs et d'affirmer surtout une véritable ambition spirituelle : « […]
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