4. L'esprit malthusien
• Un état d'esprit et une pratique
Bien que Malthus ait consacré des centaines de pages à l'étude des conditions d'une production croissante, l'usage s'est répandu d'appeler malthusienne toute pratique restrictive de la production et de la population, voire tout état d'esprit restrictif (cf. A. Sauvy : la peur de l'excès, le nivellement par le bas). Cet état d'esprit est plus ou moins conscient, il traduit des buts plus ou moins désintéressés. Les capitalistes du xixe siècle, malthusiens à l'égard des pauvres ; les pays évolués modernes, malthusiens à l'égard du Tiers Monde, une famille malthusienne de nos sociétés de consommation : autant d'attitudes fort répandues et dont les responsables prétendent, avec quelque bonne foi sans doute, qu'elles s'inspirent du désir de rendre service ; dans le cas d'une famille, il s'agirait de ne pas donner naissance à des enfants qui seraient mal soignés ; l'argument malthusien du chômage est beaucoup moins défendable dans notre monde moderne : celui de refuser des enfants qui seraient malheureux l'est davantage, car la richesse ne se démocratise qu'avec lenteur. Quoi qu'il en soit, l'état d'esprit malthusien est vivace en matière de population ; il l'est aussi en économie, bien que le caractère malthusien des mesures prises ne soit pas toujours évident ou s'inscrive dans une évolution « progressive ».
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



