« Je m'intéresse à une musique qui crée et développe des relations entre des points très éloignés, à travers un parcours de transformations très larges » (Luciano Berio, in Entretiens avec Rossana Dalmonte).
D'une étonnante diversité, l'œuvre du compositeur italien Luciano Berio constitue un véritable résumé de la recherche musicale dans la seconde moitié du xxe siècle : il a en effet mis à profit toutes les techniques, du sérialisme à l'électroacoustique, tout en manifestant sa vie durant une prédilection pour la voix.
1. Le passé comme futur
Luciano Berio naît le 24 octobre 1925 à Oneglia, en Ligurie, dans une famille de musiciens : son grand-père, organiste, et son père, pianiste et compositeur de musiques d'accompagnement de films muets, sont ses premiers professeurs. Il apprend le piano et pratique la musique de chambre dès son plus jeune âge : Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann et Brahms nourrissent ses années d'apprentissage. Mais la vie culturelle est indigente dans sa petite ville natale pendant la période fasciste et le jeune Berio n'a pas l'occasion de connaître les musiques de la première moitié du xxe siècle, les courants novateurs, les nouvelles formes musicales qui sont en train de naître, les révolutions harmoniques – la seconde école de Vienne, l'école française – ou rythmiques – Stravinski, Bartók – qui s'opèrent. Incorporé de force dans l'armée de l'éphémère République fasciste de Salò, il est blessé à la main droite lors d'une séance d'entraînement en 1944, ce qui va mettre un terme à la carrière de pianiste qu'il avait envisagée. De la fin de 1945 à 1951, il étudie au Conservatoire Giuseppe-Verdi de Milan, où il suit les cours de Giulio Cesare Paribeni (contrepoint) et de Giorgio Federico Ghedini (composition). C'est durant sa première année au Conservatoire qu'il découvre la seconde école de Vienne, qui le marquera profondément, Stravinski, Bartók et Milhaud.
1950 est une année capitale dans l'existence de Berio : il épouse la cantatrice américaine Cath […]
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