La pratique de la citation a de tout temps existé en musique. Elle apparaît même comme une des composantes les plus importantes de l'écriture musicale, comme en témoigne la variété des termes techniques qui désignent et recouvrent cette pratique : arrangement, coloration, contrafacture, fragments, paraphrase, parodie, pastiche, pot-pourri, transcription, variations sur un thème... En musique, l'emprunt semble donc aller de soi et concerne aussi bien des thèmes, des formules, des figures, des manières, des styles. Tout texte musical est en effet en relation plus ou moins étroite ou plus ou moins éloignée avec d'autres énoncés musicaux, antérieurs ou contemporains, rappelant ce que Roland Barthes énonçait dans le domaine littéraire : « Tout texte est un tissu nouveau de citations révolues » (cf. théorie du texte). De fait, toute création artistique est assurée par une dynamique entre l'absorption (la tradition) et la transformation (la novation) mises en œuvre par chaque créateur. Et, si toute écriture s'avère être une réécriture, la citation est assurément au sein même de la musique.
Cette pratique de la citation, assumée depuis des siècles par les compositeurs, relève autant du savoir-faire musical que des mécanismes, volontaires ou non, de la réminiscence, issus de la mémoire musicale propre à chaque créateur. Les procédures citationnelles sont, quant à elles, aussi nombreuses que diverses et ont donné lieu, à un premier niveau, à la philologie musicale, qui consiste à rechercher des séquences identiques ou quasi identiques d'une œuvre à l'autre. C'est ainsi que la Quatrième Symphonie, en ré majeur, K 19, de Wolfgang Amadeus Mozart est une imitation de l'Ouverture no 1, op. 3, de Jean-Chrétien Bach, ou encore que le thème de l'andante sostenuto de la Sonate pour violon et piano en ut majeur, K 296, du même Mozart est emprunté au thème de l'ariette Dolci Aurette du même Jean-Chrétien.
Plus intéressants sont les autres cas, ceux qui entraînent une véritable réflexion sur l'acte, le fa […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



