Passionné par la voix, Luciano Berio donne avec la Sequenza III, pour une voix de femme, dédiée à son ex-épouse Cathy Berberian, qui la crée à Brême en 1966, un des sommets de la musique vocale contemporaine, domaine dans lequel le compositeur italien aura tout osé. Contrairement à Thema, Omaggio a Joyce (1958) ou à Circles (1960), œuvres dans lesquelles subsistent encore quelques bribes intelligibles du texte original, laSequenza III aboutit à une négation du langage : pratiquement rien n'est plus perceptible du « texte-prétexte » de Markus Kutter, Berio recourant aussi bien à des mots inventés qu'à des éclats de mots, inventant le parlando susurré alterné avec des gémissements lointains, le tout semblant émaner d'une voix désincarnée. Dans ce prodigieux foisonnement sonore surgissent cependant des éléments traditionnels : trilles, trémolos, petites notes (ce qu'on appelait « ornements ») ; on rencontre aussi des échos instrumentaux – glissandos, sforzandos à l'intérieur d'un son –, auxquels Berio ajoute des effets plus inattendus : tapements de main sur la bouche, claquements de langue ou de bouche. Le compositeur ne s'installant jamais dan […]
