4. À l'écoute du monde
Les contacts privilégiés que Berio a entretenus avec les grands solistes, les grands orchestres, la musique électroacoustique et électronique, le jazz, les différentes formes d'expression classiques mais également populaires, la littérature, la danse et le théâtre ont fait de lui un des compositeurs les plus ouverts sur tout ce que ce que le xxe siècle a nourri comme ambition artistique.
Parmi les compositeurs de sa génération, aucun n'a marqué comme lui un si grand intérêt pour des univers musicaux aussi variés que le jazz, des mélodies populaires, des traditions extra-européennes. Il s'est en fait intéressé aux expressions et aux techniques populaires qui lui ont permis d'embrasser des mondes apparemment hétérogènes : les folklores sicilien et serbo-croate, les chants arméniens, les polyphonies pygmées... À l'instar de Bartók ou de Stravinski, Berio a réussi à intégrer de manière particulièrement originale ces traditions populaires dans un langage contemporain.
Au premier rang des œuvres les plus caractéristiques de ce compositeur à l'écoute du monde figurent les Folk Songs, pour mezzo-soprano et sept instrumentistes (flûte, clarinette, deux percussionnistes, harpe, alto et violoncelle), créés en 1964 à Oakland, par Cathy Berberian, sa dédicataire, et le Juilliard Ensemble, sous la direction du compositeur. Ces Folk Songs sont fondés sur des thèmes populaires de différents pays et de différentes époques, de la Renaissance à nos jours : États-Unis, Arménie, France, Sicile, Italie, Sardaigne, Auvergne, Azerbaïdjan. Berio a procédé sur ces thèmes à un traitement métrique et harmonique particulier, et l'accompagnement instrumental qu'il a choisi ne reflète pas l'accompagnement original, d'ailleurs très difficile à déterminer. Dans une note écrite pour le programme du festival Présences 1997, Berio explique ses choix de traitement instrumental des Folk Songs par le fait que celui-ci « doit suggérer et commenter tout ce qui paraît refléter les racines expressives – à sav […]
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