3. La voix au cœur de l'œuvre
Cette démarche se manifeste aussi dans sa manière d'écrire pour la voix. Lors d'une interview prononcée dans le cadre du festival Présences qui lui était consacré en 1997 à Radio France, Berio a très clairement expliqué l'intérêt qu'il a toujours éprouvé pour la voix : « Tout ce qui est lié à la voix m'intéresse énormément : que ce soit la voix naturelle ou la voix avec microphone, le parler, la résonance, la voix de tête, de nez, de poitrine ou... comment dire ?... d'utérus. La voix est le phénomène le plus riche du monde. »
La voix constituera de fait le fil conducteur de nombreuses œuvres de Berio ; elle sera en tout cas toujours au cœur de son processus créateur. Il faut cependant souligner que l'ensemble de ses pièces vocales s'opposent à la tradition du bel canto – qui, selon lui, efface toutes les particularités naturelles de la voix –, pour renouer avec une tradition plus ancienne, celle d'un Giulio Caccini ou d'un Claudio Monteverdi. Berio va explorer, avec des techniques d'écriture contemporaines, toute l'étendue des capacités expressives de la voix : bruits, onomatopées, claquements de la langue sur le palais, claquements des lèvres, voix parlée, Sprechstimme, voix chuchotée, cris, rires, résonances diverses de la cavité buccale... Dans le domaine de la musique vocale, Berio aura tout osé.
Inspiré par la mezzo-soprano Cathy Berberian, son épouse pendant seize ans, et qui demeurera son interprète privilégiée jusqu'à sa mort, Berio va tirer profit de l'intégralité des sons que la voix peut produire, libérant un matériau d'une richesse et d'une sonorité étonnantes, où le cri, le rire et les interjections se combinent en un nouveau langage d'une rare puissance dramatique, comme dans Sequenza III, pour voix de femme (1966). Contrairement à Thema, Omaggio a Joyce (1958), œuvre dans laquelle subsiste encore quelques bribes intelligibles du texte original, la Sequenza III aboutit à une véritable négation du langage, pratiquement rien ne de […]
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