6. La difficile reconquête de la célébrité
En 1951, Céline revient définitivement en France. Il acquiert à Meudon un modeste pavillon qu'il occupera jusqu'à sa mort (là, sous l'obscure identité de Destouches, très changé physiquement par les épreuves de la guerre et de l'exil, protégé des importuns par une cohorte de bergers allemands, il reprendra, par nécessité financière, l'exercice de la médecine tandis que sa femme assurera des cours de danse). La même année, il signe avec les éditions Gallimard un contrat portant sur la réédition de cinq anciens titres. En 1952 paraît Féerie pour une autre fois : le livre ne rencontre pas même un succès d'estime ; en 1954 est publié Féerie pour une autre fois, II ou Normance : de nouveau, silence de la critique et indifférence du public.
Quelles raisons attribuer à un tel insuccès ? Il y a d'abord le fait, évident, que l'image de marque de Céline d'avant-guerre est ternie, voire effacée : un trop long retrait de la scène culturelle, des engagements idéologiques plus que troubles, des démêlés avec la justice dégradent une popularité ; vingt ans après Voyage, le retour littéraire de Céline se révèle problématique. Les lecteurs se sont renouvelés. Des auteurs notoires, nobélisés ou nobélisables, font florès. De plus, à une heure où le public, toujours traumatisé par la guerre, l'Holocauste, Hiroshima et Yalta, recherche sinon des maîtres à penser, du moins des compagnons de désespoir, Céline, lui, ne se préoccupe que de l'élaboration d'une « petite musique » langagière ; alors que s'épanouissent le roman existentialiste et le théâtre de l'absurde, il refuse farouchement l'idée et la thèse et se veut simple et humble artisan de l'écriture. Enfin, l'influence grandissante des médias impose de nouveaux modes de publicité et de promotion artistiques : l'article élogieux d'un critique érudit d'une revue de bon ton ne suffit plus à faire vendre ; il faut être entendu et compris du plus grand nombre et, à cette fin, ne pas hésiter à ressasser et à […]
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