5. La publication
La publication des Poèmes de Currer, Ellis et Acton Bell, en 1846, consacre la rupture avec Branwell et annonce l'image énigmatique des trois sœurs. Un an plus tard, le succès inouï de Jane Eyre, la publication simultanée de Wuthering Heights et d'Agnes Grey fascinent l'Angleterre qui s'interroge sur l'identité de ces mystérieux auteurs et les motivations secrètes de leurs livres.
Anne publie encore The Tenant of Wildfell Hall (Le Locataire de Wildfell Hall) avant la mort de son frère (24 septembre 1848) et celle d'Emily (19 décembre 1848). Elle s'éteindra à son tour le 28 mai 1849 à l'âge de vingt-neuf ans. La publication de Shirley (1849) complique encore l'énigme. Charlotte, qui vit désormais seule au presbytère entre son père et les servantes, lèvera partiellement un secret désormais sans objet dans l'admirable notice biographique qu'elle écrit pour préfacer les œuvres de ses sœurs (1850).
La publication de Villette (1852) met le comble à sa gloire. Quand Charlotte Brontë meurt, le 31 mars 1855, moins d'un an après son mariage avec Arthur Bell Nicholls, vicaire de son père, ses livres comptent déjà parmi les classiques de la littérature anglaise. Deux ans plus tard, la romancière Elizabeth Gaskell assouvit la curiosité générale en consacrant à Currer Bell sa célèbre Vie de Charlotte Brontë.
Mais cette « indiscrétion », qu'elle commet sous la forme de la vérité biographique, est en un sens strictement garantie par la discrétion de Charlotte. Sans doute ses lettres, les confidences qu'elle a faites à son amie, les témoignages de ses proches forment-ils un ensemble saisissant de révélations. Mais il y manque cette vérité première que Charlotte ne partageait avec personne si ce n'est avec son frère et ses deux sœurs : le « monde infernal » dont ses romans qui ont ravi et choqué l'Angleterre ne sont pourtant que la doublure victorienne. Elizabeth Gaskell, la première, ouvre le mouvement de « refoulement culturel » imposé par Charlotte. Elle a pourtant accès aux manuscrits couverts de l'écriture microscopique des enfants ; mais elle n'en retranscrit que d'infimes fragments pour faire image et les rend au silence dont ils ne sortiront que cinquante ans plus tard pour demeurer dans le semi-silence des éditions partielles, bien plus étrange encore.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



