Plus que tout autre, et peut-être dans la mesure même où il fut passionnément contesté, Lamarck doit être considéré comme le fondateur de la biologie. Avant de proposer, en 1802, de désigner sous ce nom la science des êtres vivants, il s'était en effet attaché à en délimiter les contours et à en dégager les lois générales.
Reprenant à son compte la conception linnéenne des trois règnes superposés (lapides crescunt, vegetabilia crescunt et vivunt, animalia crescunt, vivunt et sentiunt), il insiste, après J. F. Gmelin et C. Bonnet, sur l'opposition radicale entre l'inorganique et l'organique. En soulignant l'unité profonde de l'organique, Lamarck dégageait la notion de l'unité de la vie : « L'état, dit-il, où nous voyons tous les animaux est le produit de la composition croissante de l'organisation qui tend à former une gradation régulière. » Cette conception d'une tendance de la vie vers la complexification croissante et le perfectionnement est au cœur de la pensée lamarckienne. Elle se trouve tempérée par l'idée que le dynamisme vital est soumis aux « influences d'une multitude de circonstances très différentes qui tendent continuellement à détruire la gradation de la composition croissante de l'organisation ». C'est pourquoi le non-usage imposera aux organismes la perte, transmise héréditairement, de tel organe ou de telle fonction.
En posant en principe que l'évolution biologique se trouve ainsi conduite par le conflit de forces organisatrices et de forces désorganisatrices – ou déviatrices –, Lamarck mettait en lumière ce qui, depuis, est resté le problème central de la biologie.
1. Une vocation imprévue
Jean-Baptiste Pierre Antoine de Monet, chevalier de Lamarck, naquit le 1er aôut 1744 à Bazentin-le-Petit (Somme) ; il quitta le collège de Jésuites d'Amiens dès la mort de son père, en 1760, pour prendre rang dans l'armée ; mais il dut très vite, à la suite d'un accident, renoncer au métier des armes.
Pendant quatre ans, ne disposant que d'une maigre pension complétée pa […]
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