Jules Hardouin-Mansart a créé les symboles de la puissance de Louis XIV : Versailles et le dôme des Invalides. Le reflet grandiose de ce règne, mais aussi son ambiguïté ont rejailli sur l'architecte. Le courtisan accompli, favori du roi, le grand organisateur des arts, l'homme qui a perfectionné le classicisme français : des jugements sur des plans très différents, professionnels et personnels, mais qui tendent malgré cela à devenir exclusifs l'un de l'autre.
Quel que soit le jugement porté sur Jules Hardouin-Mansart et sur son architecture, il y a une « époque Mansart » qui restera le lieu de référence pour le classicisme français. Les œuvres de Robert de Cotte, Germain Boffrand et encore de Jacques-Ange Gabriel en dérivent directement. Il a créé une organisation structurée et efficace qui assura l'hégémonie et l'expansion de l'architecture française au xviiie siècle.
1. Un architecte courtisan
Né à Paris dans une famille de constructeurs, Jules Hardouin est le petit-neveu de François Mansart dont il unit le nom au sien en 1668. Entrepreneur en bâtiments (associé en particulier à son frère Michel), il se consacre définitivement à l'architecture vers 1672 et reçoit alors ses premières commandes d'État. Deux ans plus tard, il entre dans l'orbite de la cour ; en 1677, il est à Versailles, bientôt admis à l'Académie d'architecture. Dès 1678, il prend la direction des grandes transformations de Versailles et va dominer dès lors l'architecture française.
La carrière de Mansart s'est faite en cinq ans, de 1673 à 1678, grâce à la protection de Mme de Montespan, de Louvois, de Condé, éventuellement à celle de Le Nôtre d'abord et du roi ensuite. Premier architecte en 1681, anobli en 1682, intendant en 1685 et inspecteur général des bâtiments en 1691, il prend de plus en plus la place du faible surintendant Villacerf auquel il succède en 1699. Fait comte de Sagonne en 1702, il meurt six ans plus tard à Marly.
Mansart dirigeait un des plus grands services du royaume, « personne n'avai […]
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