Sir Joshua Reynolds, peintre de l'aristocratie, premier président de la Royal Academy et ami d'écrivains célèbres, a un statut particulier dans l'histoire de l'art anglais. Son œuvre abondante et variée de portraitiste représente un véritable saut qualitatif dans l'évolution de la peinture anglaise. Qu'il s'agisse des traditionnels portraits en pied d'aristocrates, des portraits plus familiers des célébrités du moment ou des toiles représentant des enfants, on y lit la plupart du temps une liberté de la composition, une variété dans la pose, et avant tout une attention nouvelle à la personnalité du modèle, qui hissent le portrait au rang d'un genre majeur en Grande-Bretagne. Certes, on a pu ironiser sur ses emprunts aux maîtres italiens et hollandais, sur son habitude d'idéaliser ses modèles, sur sa technique peu assurée. Mais ces choix sont la conséquence de ses partis pris esthétiques qu'il a clairement formulés dans ses Discours sur l'art, ultime formulation du classicisme issu de la Renaissance. L'œuvre, pourtant, va au-delà des normes si soigneusement prescrites, et contredit à l'occasion les principes si exigeants du professeur. Un sens infaillible de l'élégance ne bride jamais l'invention plastique ou l'expressivité psychologique, dans une série de portraits où s'expriment les valeurs nouvelles d'une société sûre de sa puissance et fière de sa culture et de son goût.
1. Une carrière réussie
Fils d'un pasteur du Devon, Reynolds grandit non loin de Plymouth dans cette bourgeoisie cultivée de province d'où allaient sortir dans la seconde moitié du xviiie siècle tant d'écrivains, de savants et d'artistes. Sa famille ne contrarie pas son goût affirmé pour la peinture et le met en apprentissage à Londres en 1740 auprès de Thomas Hudson, un des portraitistes à succès du moment. Il y apprend rapidement les rudiments du métier et s'installe à son compte dès 1743 dans le Devon. Ses premiers clients sont des officiers de marine et les familles des notables locaux. Grâce à la protecti […]
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