2. L'art du portrait
Pour apprécier la place de Reynolds dans la peinture européenne, il convient de se rappeler la situation marginale de la Grande-Bretagne par rapport aux grands courants artistiques du continent. Lorsque le peintre commence sa carrière, son pays vient de connaître une sorte de révolution culturelle avec la découverte tardive de l'art italien sous toutes ses formes (musique, architecture, peinture) par les élites sociales qui ont pris l'habitude du « grand tour » d'Europe à des fins éducatives. Malgré cela, l'art du portrait était demeuré une activité routinière et stéréotypée (exception faite de Hogarth). Reynolds a le mérite de l'avoir sorti de l'ornière, et, même si de nos jours on peut être agacé par l'élégance complaisante de certaines toiles, il faut apprécier à quel point en leur temps elles ont représenté une innovation radicale, servie par une verve et une aisance exceptionnelles.
L'aristocratie forma une partie importante de la clientèle du peintre. Il choisit d'accentuer délibérément le côté théâtral des poses et des costumes d'apparat hérités de la manière de Van Dyck. Lord Bellomont (1773, National Gallery of Ireland, Dublin), en grand uniforme de chevalier de l'ordre du Bain, apparaît comme un bellâtre d'opérette (ce qu'il était dans l'existence). Quant aux femmes, les ladies étaient souvent habillées par Reynolds dans des vêtements flottants, vaguement inspirés de l'Antiquité. S'agissait-il pour lui de mettre en valeur quelque éternel féminin ? S'agissait-il de conférer au portrait le « grand style » michelangelesque recommandé dans les Discours ? À vrai dire, la référence à l'héritage plastique de l'Antiquité et de la Renaissance est toujours ambiguë chez Reynolds ; elle est à la fois hommage sincère et clin d'œil amusé au public cultivé. Il s'agit surtout de tendre à une élite sociale un miroir où elle puisse se voir (déguisement compris) en héritière de la Rome antique.
Lorsqu'il peint des officiers de marine ou des militaires, Reynold […]
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