Les quinze Discours sur la peinture, prononcés par sir Joshua Reynolds (1723-1792) entre 1769 et 1790, publiés au fur et à mesure, très lus et diffusés jusqu'au xixe siècle, en partie à cause de la réputation de peintre de leur auteur, sont inséparables de l'homme et de sa carrière, autant que de l'institution et de l'époque qui les ont vu naître. Très marqués par la situation des arts en Grande-Bretagne au milieu du xviiie siècle, ils sont pourtant loin d'être marginaux dans la pensée et l'esthétique des Lumières. Reynold y développe, au fur et à mesure, une conception devenue classique de l'œuvre d'art, emblématique d'un équilibre entre tradition et innovation, et où l'originalité de l'artiste ne vaut que par rapport à l'Antiquité et aux maîtres de la Renaissance. Cette conception n'est pas très éloignée de l'enseignement dispensé alors dans les autres institutions académiques européennes, à commencer par l'Académie royale de peinture et de sculpture de Paris, modèle de celle de Londres.
1. Au sein de l'Académie
Reynolds était l'un des artistes britanniques les plus renommés lorsqu'il fut choisi, en 1768, pour être le premier président de la Royal Academy, qui venait d'être fondée. Grand connaisseur de l'art, en particulier de la peinture, il avait fait le « grand tour » d'Italie, connaissait la France, la Hollande et les Flandres, et était un collectionneur averti. Il profita de sa nouvelle position pour renforcer une école britannique encore jeune, mais en plein développement : il fallait définir son originalité par rapport aux modèles continentaux, notamment les écoles française et italienne, l'inscrire dans la continuité de la peinture européenne depuis la Renaissance et lui donner les bases théoriques supposées par l'établissement même d'une Académie.
2. Quinze discours sur la peinture
Le premier discours, prononcé lors de la séance d'ouverture de la Royal Academy, le 2 janvier 1769, s'intéresse à la méthode et à l'organisation des études de la nouvelle institution. La […]
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