Peintre américain. Copley joue un rôle essentiel dans l'histoire de la peinture américaine, car c'est lui qui la fait passer de la tradition archaïque des « primitifs », caractérisée par un style linéaire à deux dimensions, de caractère idéographique, et par des formules stéréotypées, à une vision beaucoup plus réaliste, remarquablement accordée au génie et au goût de l'Amérique coloniale. Lui-même débute dans la manière primitive (Charles Pelham, env. 1754, coll. part.), mais sans la naïveté des artistes populaires : ses modèles sont plutôt des peintres tels que Robert Feke, qui cherchent à adapter la raideur du style primitif au type du portrait aristocratique à l'anglaise, mis au point par Van Dyck et Kneller et abondamment diffusé par les mezzotintistes. Très vite, cependant, Copley se dégage de cette manière, où l'idée l'emporte sur la perception, pour s'attacher à la représentation du réel avec une objectivité sans précédent dans la peinture américaine. Il décrit chaque objet, chaque personnage, dans ses propriétés concrètes, faisant saillir fortement les volumes, traduisant la texture des étoffes, le velouté des fruits... Il inaugure ainsi une veine illusionniste qu'illustreront après lui Raphaelle Peale et les maîtres du trompe-l'œil américain, William Harnett et John F. Peto. Par l'importance donnée à chaque détail, par l'écriture à la fois analytique et compacte, par les compositions que structure la géométrie des objets même, ces portraits diffèrent sensiblement de leurs modèles anglais, qui subordonnent généralement les effets particuliers à l'effet d'ensemble et représentent les modèles de façon plus frivole et plus fluide. Mais dans leur gravité, leur densité, leur empirisme un peu naïf, si éloignés de la sophistication du portrait contemporain en Europe, ils composent l'image par excellence de la bourgeoisie pragmatique et puritaine qui forme la classe dirigeante de l'Amérique du temps (Mrs. Nathaniel Allen, env. 1763, Minneapolis Institute of Arts ; Henry Pelham, 1765, coll. part. ; Mrs. Thomas Boyl […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



