2. Difficile exégèse
Disons sans plus attendre que le malentendu le plus grave touchant la musique de Bach provient du sens défectueux que l'on a de l'homme, de l'œuvre et aussi du style de son époque. Après l'art savant qui prévalait encore au début au xviiie siècle, la musique, comme fatiguée de recherches polyphoniques excessives, se tourne vers le « style rococo ». Le contrepoint tend à disparaître au profit d'un verticalisme harmonique simple, qui soutient une mélodie, ou un bel canto, de caractère expressif, et, selon le vœu de Görner, « charmant, gracieux et badin ». Parallèlement, les traités d'écriture formulent des exigences et, déjà, s'éloignent beaucoup des légitimes prérogatives qui faisaient tout le sel du jeu des anciens. Ce qui « allait de soi », à savoir un besoin d'expansion naturel des langages, tend à se resserrer autour d'un dogme. D'où un durcissement des logiques tonales. Les règles, très exactement, s'embourgeoisent et, en dépit d'une apparence plus aisée et plus séduisante, accroissent leur rigorisme. La preuve la plus évidente réside en ces schèmes harmoniques (relations étroites et comme élémentaires, par exemple, des toniques, dominantes et sous-dominantes, ou encore raccourcissement des procédés de tension, ou limitation des licences touchant les retards, les notes de passage et les appoggiatures). De même, les formes deviennent des règlements. On coule en quelque sorte la musique dans des moules. Tout un ritualisme du beau style tend à s'instaurer. Or Bach, qui connut la première montée de la vague galante, n'en voulut pas et, à l'inverse, poussa le paradoxe jusqu'à surenchérir dans les prérogatives de l'art savant. C'est donc par l'approfondissement du style ancien qu'il imposa sa transcendance, et contre son époque.
On ne peut dès lors s'étonner que, passé près d'un siècle, le maître de Mendelssohn, Zelter, qui avait été formé à l'école de Haydn, se plaignît des « licences » de Bach, lorsqu'il le découvrit. Première erreur grave. Zelter vo […]
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